mercredi 18 juillet 2012

Ces valeurs républicaines qui me gonflent


J'ai le sentiment que ces derniers mois les journalistes et chroniqueurs ont employé à toutes les sauces -abusivement- le terme abscons de "citoyen".

Un peu partout des "cafés citoyens", des "engagements citoyens", des "marchés citoyens" ont fleuri. Tu as envie de te bourrer la gueule? Eh bien organise une "fête citoyenne". Même si ta beuverie a été anoblie, le mal de crâne le lendemain reste garanti.

Saviez vous que "citoyen" avait un frère? Nos doctes de la politique nous le certifient: lorsque la République a changé de Président, la poignée de main entre les deux président était "républicaine". Ouf! Eut-elle été hallal que Marine Le Pen n’aurait pas été contente, alors que pour "républicaine" il n'y a rien à redire. 

Il y a même des petits malins qui font du cumul : N'étais-ce pas Chevènement, le ressuscité de la République, qui avait fondé un "Mouvement Républicain et Citoyen"? 

Je fais mieux que cela: je suis un gaulliste, européen, citoyen, républicain, laïc, social et solidaire (en toutes mesures gardées). 

Cela me rappelle un débat important qui agite la sphère politique actuelle : le Front National est-il républicain ? En droit constitutionnel, est républicain celui qui s'oppose au monarchiste. La chevelue blonde réclame-t-elle le retour des Bourbons sur le Trône? Non, donc voila. Et quid du coup des Saxons, tout juste sortis de leur euphorie coûteuse post-jubiléenne : pas républicains, les Anglisches? Mauvais peuple va...

Mon pote Cédric me serine hier que "républicain" eh bien ça veut plus dire ça ou plus tout à fait ça. Bah alors c'est quoi? Il me souffle: c'est un synonyme de "démocrate". Ah oui "démocrate", c'est joli, c'est grec et la démocratie grecque en ce moment se porte en charme et merveille... Enfin allons y quand même. Donc "démocrate". Force est de constater que rien dans leur programme n'est contre la démocratie: l'on parle de suffrage proportionnel ou de recours au referendum. Alors, peut-être dans le secret de leur conscience, nourrissent ils de noirs desseins de dictateurs? 

Il y a deux semaines, sur le Grand Journal de Canal+, la charmante, vénéneuse et insignifiante Najat Vallaud-Belkacem nous a livré la clé de l'intrigue: un parti n'est pas républicain lorsqu'il est favorable à la peine de mort. Et voila, c’est simple. Le Général de Gaulle, Jules Ferry (devant la tombe duquel Francois Hollande s’est prosterné), ne sont donc pas républicains. Najat a pensé, Najat a dit, Najat a excommunié : après tout que pèse un auguste Général face à un si joli sourire?
Et pour les récalcitrants qui trouveraient à redire, il reste une carte "atout": la notion de "valeurs". Il y a ceux qui "partagent des valeurs" avec le FN et ceux qui n’ont "aucune valeur en commun". Je n'aime pas le FN pour son programme économique, néanmoins, lorsque MLP dit qu’il faut être poli, honnête et respecter le travail bien fait dois je donc renier d’urgence ces valeurs? Parce que sinon je "partagerai des valeurs" avec le FN, et cela fera de moi un salaud et un pestiféré.

Pour en revenir à Najat, j’ai horreur de l’attitude, aussi arrogante que lâche, qui consiste à postuler sa propre supériorité et la turpitude de l’adversaire afin de ne pas avoir à répondre à ses arguments, le "à qui parles-tu" péremptoire. Quel dévoiement prophylactique permet-il de rejeter un être humain dans cette altérite radicale, telle que tout dialogue avec lui serait souillure?

Je pense qu'il faut attaquer le FN sur la qualité de ses propositions, il y a de la matière. La France étouffe sous les blocages, les rentes, les réglementations et la bureaucratie. Le FN propose de les aggraver. Le FN reconnait l’échec de l’Euro. Le FN souhaite le retour à l’étalon-or encore plus rigide et arbitraire. Le FN souhaite le protectionnisme qui ne fera qu’accentuer le décrochage de notre économie. Le FN veut augmenter le SMIC, or sa simple existence est une bombe atomique contre l’emploi, notamment des jeunes.

Ah oui, on pourrait, on devrait "dézinguer" le programme du FN, mais ce faisant, il faudrait s’attaquer à tellement de vaches sacrées du discours politique contemporain, dans ce pays tétanisé par l'anxiété, exigeant toujours plus de "protections" qui l’emprisonnent dans un cercle vicieux… 

Non, trop glissant ce terrain-la, mieux vaut catéchiser dans la plus céleste des cathédrales sur les "valeurs", c’est moins risqué. Le politicien sera moins honni. 

Je rêve d’un débat lucide, rigoureux et exigeant, le rêve d’une France qui prendrait enfin ses problèmes à bras le corps, le rêve d’une classe politique qui abandonnerait sa démagogie et ses minauderies moralisantes. 

Bonne journée

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire