jeudi 16 août 2012

Hannah Arendt Heidegger, modernité et contre productivité


Hannah Arendt est une philosophe américaine (d'origine allemande!) assez peu connue mais dont la ligne de pensée est significative pour comprendre la crise que nous vivons. 

Elle développa une thématique sur la “contre-productivité”. Pour simplifier, elle prit l'exemple d'un vélo et d'une automobile. Intuitivement les gens seront à peu près tous d'accord pour dire que la voiture permet de se déplacer plus rapidement qu'un vélo sur la base du seul temps de trajet. D'un point de vue économique, pour faire fonctionner l'automobile, il faut de l'essence, l'entretenir, acheter le véhicule, payer des réparations et des taxes ce qui suppose que l'on doit passer une partie de son temps au travail pour financer ces dépenses. Le vélo quant à lui n'engage que peu de frais. Il en résulte que le temps total qui prends en compte le temps de travail nécessaire pour financer chacun de ces deux moyens de transport n’est que peu différent. Une automobile n'avance donc pas plus vite qu'un vélo, surtout à notre époque où les coûts énergétiques explosent et où les coûts sur l'environnement sont croissants.

C'est là l'idée principale d'Arendt: A un point de non retour, les organisations finissent par être contre-productif. Les moyens de communication détruisent de l’information, les systèmes pour se déplacer font perdre du temps, l'organisation de la santé tue et les écoles finissent par devenir des usines à chômeurs.

Revenons à la distinction entre autonomie et hétéronomie et la différence entre moyens et fins. L’un apprend au contact de la nature en exerçant ses sens, l’autre apprend auprès d’un professeur chargé de l’enseigner. 

L’hétéronomie est un composant essentiel de notre époque: Nous sommes matériellement incapables de parvenir à certaines fins et c'est la raison pour laquelle nous thésaurisons des connaissances et nous organisons leur transmission car nous sommes incapables de reproduire toutes les expériences menées pour obtenir la somme des connaissances actuelles.

Deuxième exemple, celui de l’argent qui à la base permettait de stocker du travail. Le troc ayant ses limites, il est important d'utiliser un moyen pour faciliter les échanges. Un président que nous connaissons tous avait eu un slogan très connu Travailler plus pour gagner plus. En soi, c’est un condensé résumant parfaitement la situation contemporaine: Nos activités se réduisent au travail contre-produtif alors que l’argent n’était à l’origine qu’un moyen et non une fin en soi. Ne parlons pas des opérations boursières à haute fréquence, des dettes des états, des bulles immobilières, de la financiarisation du monde qui sont autant de symptômes concrets de la dérive du système.

Arendt pensait aussi que ce glissement était caractérisé par l’abandon progressif de l’intérêt des citoyens pour la vie politique. Les choix de société d'un peuple, but vers lequel il veut tendre tendre (> la fin), se décidait dans le domaine politique et les choix techniques (> les moyens) relevaient du domaine des professionnels, subordonnées aux choix des politiques. Actuellement, le rôle de la politique a été (progressivement) abandonné au profit des technocrates correspondant à une sorte de basculement de la société dans une démocratie de l'apparence où la technocratie règne en maître.

Le domaine politique, selon Arendt, doit être le pinacle de la vie active d'un citoyen. C’est par l’action et le langage que le peuple interagit et construit sa civilisation. Le domaine de l'action politique et social ne doit pas être abandonné au profit du domaine du travail, devenu contre-productif où les citoyens n'ont plus que pour seul objectif d'obtenir de l’argent, ou plus précisément de l’argent-dette plutôt que la production de biens.

Concrètement, la crise que nous vivons aujourd'hui est aussi la source de la création de mouvements nouveaux comme celui des indignés qui, en parallèle de leur indignation contre une situation financière gravissime, se manifeste aussi par le besoin de faire revivre la cité et de sortir du modèle politique clivé (droite/gauche, républicain/démocrate). Ceci pour donner à la politique son sens premier: mettre les gens en connexion. 

La politique libérale (républicains/droite) est celle du dirigisme démocratique là où la politique sociale (gauche) est celle de l’autoritarisme. La politique est devenue une affaire de gestion, un idéal technocratique où les dirigeants essayent de réparer les fissures dans l’urgence tant bien que mal sans vraiment chercher, in fine, les véritables enjeux.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire