lundi 15 octobre 2012

Lettre d'un consommateur [humour]


Monsieur le Président de la Publique,

Nous qui contribuons à maintenir le navire France à flot par la grâce de nos achat compulsifs, nous nous rendons chaque jour compte que notre attitude patriotique est de plus en plus mise à mal. A chaque fois que nous allons faire nos courses, nous nous posons cette question angoissée : lors du prochain caddie, aurons-nous encore les moyens de tirer la croissance de notre pays ?

C’est rongés par le doute que nous ouvrons notre journal afin d’apprendre une nouvelle hausse des prix. Les clopes à 6,20€, le plein d’essence à 85, les nouveaux tarifs d’EDF, GDF, SNCF, Sanef… On peut dire que vous ne nous aidez pas à vous aider. Heureusement il reste encore les écrans plats qui – hormis nos salaires – sont les seuls à baisser, du coup, on se sent encore capables de faire ça pour notre patrie : sortir notre CB et acheter.

C’est pas qu’on ait les moyens, c’est juste qu’on ne sait pas faire autrement.

Nous sommes tous allés à l’école et nous avons pour la plupart décroché notre bac, mais ce qu’on aura retenu de la leçon c’est : CON-SOM-MER ! Naturellement, comme on ne pouvait pas être bons partout, on a un peu passé sur le chapitre « produire ». De sorte que même nos culottes et nos chaussettes, on est obligés de les importer.

Par contre consommer, là on est bons.

On veut, on achète. On nous dit qu’une nouvelle technologie vient de sortir, les Chinois la fabriquent, les publicitaires matraquent, notre voisin l’achète, notre beau-frère aussi, on se dit qu’on en veut avant que ça ne soit remplacé par une nouvelle nouvelle technologie, on sort la CB, on est content de l’avoir fait avant son collègue. A la fin, on râle un peu parce que ça fait quand même ça en moins sur l’apport personnel prévu pour la maison. Remarquez, ce n’est pas si grave, la banque prête sur 40 ans. A 80, sûr, on sera proprio.

C’est ainsi que, quand je fais la revue de presse pour mes patients atteints d’Alzheimer en tant qu’animatrice d’établissement spécialisé, je vois quelque chose, comme un point d’interrogation se former dans leur regard quand, page 3 je lis « hausse des prix : les Français durement touchés par la crise » et page 5 « les stations de ski font le plein ».

Et c’est par le regard d’une vieille dame dont il est d’usage de penser qu’elle a perdu l’esprit et qui a oublié qu’un jour elle a acheté comptant sa maison au prix d’années de sacrifices, que j’ai honte d’entendre l’arrivée d’un mail sur mon portable écran tactile qui a pour objet « Crise, va-t-on en sortir ? ».

Elle a fini par conclure qu’il fallait vraiment être con. Fort heureusement, juste après, elle a trempé le journal en tartine dans son bol : encore un peu et j’aurais failli me sentir concernée.

Avec mes salutations

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