mardi 6 novembre 2012

La symbolique des choses


A trois siècles d'ici, LEIBNIZ posait une question intéressante: «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien» que l'on peut aujourd'hui transposer à «Pourquoi les humains font ils les choses d'une certaine manière alors que d'autres schémas sont possibles». 

Quelles que soient les époques, des constantes dans le comportement des humains sont retrouvées et c'est notamment cette propension à créer des dieux, celle de vouloir représenter à travers des édifices des choses qui les dépassent: l’univers, le cosmos, ce besoin de vouloir suggérer des idées au travers de la peinture, la musique, le théâtre, le chant, ou de réunir les bribes de la conscience humaine par des égéries... bref, de rejoindre la réalité de choses et de concepts qui les dépassent… Ces approches symboliques permettent de toucher un tout en n’effleurant qu'une partie à l'image d'une pétale qui représente symboliquement la fleur.

A commencer par le premier d'entre eux: le Jardin d'Eden. L'évolution qui mena l'homme de sa forêt sauvage au bois sacré et qui aboutit finalement au jardin, sorte de nature artificielle entretenue par l’humain. Le jardin est le symbole du Paradis sur terre qui lui même représente le Paradis céleste. Le «jardin du paradis» ou «jardin d’Eden» renvoie aux premiers jours de la Création où les humains vivaient isolément à l’abri de tout mal. Il se retrouve encore aujourd'hui dans certains monastères qui tentaient de représenter ce lieu perdu à jamais. Les Grecs aussi introduirent ce symbole par le jardin des Hespérides, incarnation de la vie après la vie, du lieu de félicité où poussaient des pommes d’or. Les bâtisseurs de pyramides de la vallée du Nil attachaient aussi de l'importance aux jardins comme en témoignent les nombreux dessins sur leurs glyphes. Les babyloniens enfin, avec leurs jardins suspendus... Un millénaire plus tard nous retrouvons aussi les jardins à la Française ou les jardins japonais qui présentent un souci et une recherche d’harmonisation des éléments disposés selon des règles précises.

Dans cette symbolique du jardin s'incorporent de nombreux autres symboles: Le puits (qui suggère les abimes, l'infini), le bassin (qui est aussi un miroir), le labyrinthe (pour se trouver après s’être perdu), les plantes elles-mêmes (comme la rose...). En fait chaque chose possède une symbolique particulière au sein de l’harmonie spirituelle de l’ensemble.

Les personnes elles mêmes répondent à leur logique propre avec leurs symboles dont voici les miens et pour lesquels je suis très sensible: 

  • Les fleurs blanches, que je préfère aux rouges car elles témoignent de la pureté, de la consolation, de l'innocence, de la naïveté et de la joie. J'y vois aussi un certain raffinement, quelque chose d'immaculé, d'immuable et d'insensible au temps,
  • L'eau et le bruit de son ruissellement qui rappelle la source de la vie et la régénérescence. Elle marque aussi la fertilité et sa présence partout puisqu'elle se faufile partout, s'infiltre partout. Négativement l'eau est aussi ce qui noie, dissout, désintègre,
  • Les traces de pas sur un sable humide. Elles sont anonymes, éphémères marquent le passage d'inconnus allant d'un lieu d'origine vers une destination, un but. Ces traces n'ont pas de fin et ne s'arrêtent pas,
  • Promettre quelque chose dans les yeux qui sont le miroir de l'âme et engagent profondément la parole. Ils apportent aussi la lumière, la connaissance et la vérité,
  • Les cicatrices, indélébiles qui reflètent les blessures extérieures mais aussi intérieures, celles qui ont marqué mon enfance et mon existence. Elles sont aussi la mémoire de mes émotions,
  • Les cendres qui me rappellent notre insignifiance et notre relative précarité,
  • L'art qui est certainement la seule chose qui restera des hommes,
  • Déposer et entasser des petites pierres selon un certain ordre dans un endroit isolé à l'abri de toute activité humaine. Elles sont la mémoire de mon passage dans ce lieu et du message que je voulais y laisser,
  • Me retrouver assis à deux au milieu de la nature loin de toute ville ou de tout village, à scruter l'horizon ou un front de mer,
  • Rester allongé dans le silence à observer le ciel en me rappelant que l'on est rien,
  • Laisser les clefs de l'endroit où je vis comme gage de ma confiance. C'est conférer un droit d’accès à mon Adytum, à mon lieu de recueillement, à ce qui est secret,
  • Les figures géométriques, les matières inanimées,
  • Des actes remplis de symboles: la chute d'un mur (Berlin, Israël, le mur americano-mexicain), la réunification d'un pays par un leader issu de la minorité (Afrique du Sud), etc ...
C'est une publication que je reconnais un peu personnelle. 

Mais voyez y un symbole car il y avait un but précis pour que je le fasse.

1 commentaire:

  1. Dans le quatrième paragraphe vous avez évoqué des éléments de la nature tel l'eau (dans "puits/bassin/plantes...),la terre (dans le labyrinthe) ,l'air( dans le vide de la profondeur de la puits),tous ces éléments ,à mon propre avis,inspirent plutôt la poétique des créateurs ,et toute inspiration dépend d'une imagination individuelle qui ,ne saurait se débarrasser de l'imaginaire collectif.Cependant le symbole est une identité en soi , une identité de l'ordre du psychisme humain; puisque tous les humains réagissent de la même façon au pulsion . .Dans ce sens , je pense qu'il y a une légère nuance entre la notion du symbole et l'objet ,en tant que objet d'inspiration , dans votre présent travail.

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