mardi 29 janvier 2013

Le non-cumul des mandats passe aussi par là mon pote


Bien, maintenant que la République clôture le dossier du mariage pour tout le monde –sujet oh combien utile et essentiel au bon fonctionnement de nos institutions-  un nouveau chantier s’ouvre : le cumul des mandats.

Dans tout le fatras de promesses aussi improbables qu’intenables dans le dossier de campagne de Flamby se trouve le dossier de la suppression des cumuls de mandats électifs (l’engagement No 48 pour les plus pinailleurs). Cet engagement est un véritable serpent de mer : nous l’évoquons depuis des années. Avant d’arriver à une loi, envisagée « bisoutement » pour le 15 septembre, nous savons déjà qu’à peu près tous les députés et tous les sénateurs seront vent debout contre cette remise en question d’une partie de leur belle grosse gamelle.

A commencer par le plus gras d’entre eux : François REBSAMEN « député maire » de la ville de Dijon. Les arguments du député laissent coi. Car oui  d’une part, le sénat ne peut se passer du cumul parce qu’ils sont élus par des maires et des adjoints et d’autre part, le sénat représente les collectivités locales donc bon voilà, tu comprends ? Chers lecteurs, si vous avez l’impression que ces arguments ont un goût de carton-pâte, c’est normal : c’en est.

Et puis, rassurez-vous : cette fronde socialiste n’est pas unique puisque s’ajoute les malheureux cumulards des radicaux de gauche, des centristes et d’une bonne partie des têtes à claque de l’UMP. La laine du mouton est trop douce. Car c’est bien, encore une fois, de pognon qu’il s’agit. Si vous n’êtes pas convaincus de leurs émoluments, venez par .

Alors bien sûr, l’élu utilisera toute la batterie des arguments périphériques et il jouera à fond sur cet émotionnel qui constitue depuis longtemps le fonds de commerce de l’action politique en France, loin des froids raisonnements comptables de bon sens qui verraient qu’il y a, dans ces si nombreux cumuls, matière à économies tangibles bienvenues en ces temps de disette. Je me rappelle du discours quasi-lacrymal de M FASQUELLE, « député-maire » du Touquet, qui vise à combattre le méchant antiparlementarisme et la vilaine désinformation, notamment sur tous ces interwebs pleins de lolcats douteux.

Vous savez, cette proximité du député qui touchera plus de 6000€ net d’indemnité (salaire médian en France : 1675€). Cette proximité qui donne au député une voiture avec chauffeur, gyrophare et cocarde, pour ses déplacements parisiens. Cette proximité qui lui octroie l’accès gratuit au réseau de transport parisien de la RATP, et des voyages en train remboursés à concurrence de 3000€ par an. Cette fameuse proximité des députés qui leur permet de bien comprendre les problèmes du peuple dont ils sont de moins en moins issus (sur 577 députés, les employés et les ouvriers sont présents à l’état de… traces dignes des terres rares dans le tableau périodique).

Pleurnichons avec M FASQUELLE, lorsqu’il nous dit, l’œil humide de larmes contenues : Il faut défendre les élus. Il y en a assez d’être attaqués et de voir circuler sur Internet des informations inexactes. On réagira à chaque fois. Il y a un travail de pédagogie à faire sur la fonction d’élu, et des relents d’antiparlementarisme qu’on veut combattre. On ne dit pas que tout est parfait, on sera aussi force de proposition. Mais, mon brave ouistiti, si tu trouves si difficile d’être élu, rend donc ton tablier! Bizarrement, je suis sûr que pour ce si délicat travail, pas mal se bousculent déjà à l’idée de prendre ta place! Et avant d’essayer d’étouffer les vilaines « rumeurs » qui détaillent ce que les élus cumulards se mettent en poche sur le dos des contribuables, tu devrais te poser la question de savoir pourquoi vous êtes si mal considérés du peuple. Tu devrais tenter de comprendre pourquoi les gens grognent et versent dans l’antiparlementarisme, au lieu de faire ta ridicule cellule de riposte. Eh oui, le monde n’est pas aussi bisou que prévu. Mais cherche plutôt les causes, au lieu de t’attaquer aux symptômes d’une déliquescence déjà avancée. Essaye de comprendre pourquoi les gens en ont plus qu’assez de voir que vous, parlementaires, roulez d’abord et avant tout pour vous même.

Ainsi, prenons par exemple le débat sur l’exercice des mandats locaux, dont on peut lire le texte initial sur le site du Sénat, et la proposition de loi elle-même ici, actuellement en discussion et qui propose (art.1) l’extension de l’indemnité de fonction aux délégués des communautés de communes, l’abaissement (art.2) de 20.000 à 10.000 habitants le seuil pour les droits à suspension du contrat de travail, et le reste qui, par exemple, double la durée de perception de l’allocation différentielle de fin de mandat de 6 mois à 12 mois. Tout ceci sent bon les améliorations de votre niveau de vie, mais on a bien du mal à trouver là mesure d’austérité ou d’économie. Tu sais, mon pote (je te tutoie, mais tu sais être proche du peuple, n’est-ce pas), que ces largesses-là se traduiront mécaniquement par des taxes, des impôts ou des dettes supplémentaires ? Tu sais donc, mon cher FASQUELLE, que tout ceci va encore coûter de l’argent et du pouvoir d’achat à ce peuple que tu entends éduquer sur le parlementarisme ?

Et puis, tant que tu y es, tu feras quoi pour éduquer les Français au sujet des dettes dont sont percluses leurs communes? Tu feras comment pour leur expliquer que tous ces impôts, ces dettes, sont précisément liées aux promesses de ces élus, dont beaucoup sont, justement, cumulards et ajoutent la dépense locale à la dépense nationale ?

Et puis tu sais mon ptit Dany, il suffirait de peu de choses pour donner aux Français un signe clair. Par exemple, avec quelques coupes bien précises dans tes indemnités, tu ferais un carton : 65 millions d’heureux d’un coup (pour seulement 7200 malheureux, au maximum), et en plus, cela ferait 600 millions d’économies au moins. Par exemple, tu pourrais plutôt, toi et tes petits camarades de lutte anti-anti-cumul, te fendre d’un bon texte de loi bien solide pour plus de transparence à l’Assemblée, histoire que le peuple sache enfin ce que vous faites avec les magnifiques projets nationaux que vous protégez avec tout cet argent.

En réalité, le cumul des mandats permet très clairement à la représentation nationale d’avoir un pouvoir local qu’elle pourra négocier (souvent contre avantages physiques, financiers, ou relationnels). Ce cumul entraîne mécaniquement des dépenses supplémentaires, qui grèvent un peu plus chaque jour les finances nationales. Inversement, le non-cumul entraînera un morcellement important des responsabilités et des jeux de pouvoirs, et, au vu du track record catastrophique de l’Assemblée, je ne vois pas comment la subsidiarité induite sera un mal.

La lutte des cumulards pour conserver leurs acquis est quasiment pornographique lorsque la plupart des Français doivent maintenant se serrer la ceinture. Elle est en tout cas indigne d’une démocratie qui se gargarise de son équité et de son égalitarisme.

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