mardi 9 avril 2013

Cher Laurent WAUQUIEZ



Cher Laurent Wauquiez,


Tu sais que tu as failli me faire chialer, grand couillon ? L’autre dimanche, je rêvassais au chaud dans mon canapé pendant qu’avec tes amis tu défilais pour contester une loi votée quelques semaines plus tôt par les élus du peuple. Vous étiez nombreux d’ailleurs, me dit-on. Près de 300 000 selon la police, 6 milliards et demi (à la louche) selon la gourdasse qui vous représente. On reconnaissait parmi la foule toute la meute des démocrates bon teint, bardée de l’écharpe tricolore qui, deux jours plus tôt, avait aboyé contre un juge d’instruction et qui maintenant venait pisser avec rage sur les institutions républicaines.

Sous prétexte de refuser le mariage pour tous, c’était encore un long dimanche de fiançailles avec l’extrême droite dont vous nous offriez le spectacle, bravant le vent froid et les consignes de la préfecture tels des émeutiers gauchistes et les casseurs encapuchonnés dont ordinairement vous honnissez les méthodes.

C’est en entendant qu’il se passait des choses pas claires dans le cortège que je décidais d’interrompre la lecture dominicale de La Conjuration des imbéciles pour m’informer sur cette drolatique chienlit en carré Hermès qui semblait embraser la place de l’Etoile. La première voix que j’entendis, blanchie d’effroi et floquée d’inquiétants trémolos, ce fut la tienne, Lolo : “Ils sont en train de gazer des enfants, disais-tu, des enfants dans des poussettes.” Seigneur Dieu toutpuissant, on imaginait alors le pire. On se demandait au passage ce que des enfants en poussette pouvaient bien faire dans une manif, fût-elle de droite, avant de réaliser que bon nombre des pèlerins de vos archaïques combats sont des adeptes de la PMA (Procréation Messianique Assistée) et qu’ils nous engendrent un héritier à chaque fois qu’ils s’aventurent à mettre le petit Jésus dans la crèche, ce qui fait du monde à traîner pour épaissir vos rangs. Qui plus est le jour où les domestiques ont pris leur congé.

Enfin arrivèrent les images, un peu confuses mais ô combien criantes d’une vérité sensiblement distendue de la tienne. Ou bien vos enfants sont nourris aux OGM, ou alors tu nous as roulés dans la farine, mon Lolito. Car en guise de bambins pacifiques honteusement pulvérisés comme des cafards trotskystes par les Baygon lacrymogènes des CRS, nous vîmes surtout des gros gaillards à poil ras, estampillés In GUD We Trust, dont certains profitaient de la présence des caméras pour saluer leur mère d’un bras tendu vers le ciel alourdi de cette fin de journée explosive.

Il y avait aussi de bons pères de famille de France, quelques curés en soutanes, des dames catéchistes de Neuilly qui vivaient leur première révolte depuis l’Ecole libre, peut-être même leur premier orgasme, mais d’un chiard il n’y avait pas l’ombre. A croire que les télévisions, aux mains du pouvoir pro-sodomite, nous avaient escamoté ces séquences que pourtant tu rapportas avec la même conviction exaltée que Soubirous après son speed-dating avec la Vierge. A ce propos, on a surtout vu Boutin, qui n’avait pas eu de telles vapeurs depuis sa rencontre avec Jean Paul II, et qui nous simula un de ces évanouissements de péplum, provoquant pour le coup bien des suffocations de rire chez les gamins des alentours. Pour le reste, Laurent, je crois que tu nous as bien enfumés.

Je t’embrasse pas, y a des enfants. 

D'après Christophe CONTE

1 commentaire:

  1. Cher Christophe CONTE
    je voulais te dire combien ta prestation télévisée de samedi avant-dernier chez Ruquier m’a réjoui. D’abord parce que la présence du citoyen lambda au milieu d’un aréopage de célébrités de la politique, du show-biz, du sport et du fric, c’est un peu la revanche des individus insignifiants comme toi et moi. Car tous ces gens plus beaux, plus grands, plus minces et plus friqués que nous, se pavanant sur les plateaux de télé et dans les journaux people, le vulgum pecus a besoin, de temps en temps, de les voir se viander. Toi, avec ta bonne bouille de français moyen, tu es venu les basher sans complexes afin de leur rappeler qu’ils sont de la même humanité que nous les petits, les obscurs, les sans-grades.Tu étais fringant, l’autre soir, dans l’uniforme de croque-mort hype – le tee-shirt sous la veste noire – qui te distingue du détaillant en boucherie-charcuterie qui ne lit pas les Inrocks. Et tu ne t’es pas laissé intimider par cette cohorte de quasi-fonctionnaires des talk-shows que la plèbe risque peu de croiser sur la ligne 2 du métro parisien. Chacun en a pris pour son grade. Enfin presque.En guise d’apéritif, tu t’es payé la cathodique Frigide Barjot en la qualifiant de « parasite mondain ». J’entends déjà ses thuriféraires te rétorquer que c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, arguant des quelques décennies d’intervention culturelle du groupe Jalons comparées à ton curriculum vitæ qui respire une modestie toute franciscaine. Mais nous savons, toi et moi, que papisme rime avec obscurantisme. Tout est permis aux affamés et assoiffés de la justice dont tu es. Car, depuis un bon siècle, le vent a tourné niveau religion : le blasphème est dorénavant un métier comme un autre. Insulter un prélat avec tes calembours orientés – rarement au dessus de la ceinture, rock and roll oblige – ne te fait encourir, tout au plus, qu’une excommunication ferendæ sententiæ, l’épiscopat français ayant tendance à snober la 17ème chambre correctionnelle.
    Le plat de résistance fut le moment où tu vins faire l’article pour ton livre, objet de ta présence dans ce parterre de nantis. Toi l’incorruptible, l’idéaliste pour qui le changement c’est maintenant, tu es l’ennemi juré de tous ceux qui, à droite comme à gauche mais surtout à droite, ne pensent pas comme il faut. Natacha Polony ne partage pas tous tes dégoûts ? C’est sûrement dû à son côté « réactionnaire » comme tu l’as si bien souligné. J’imagine que tu as un dossier sur elle dans tes tiroirs, pas loin de ceux, plus volumineux, sur Zemmour, Finkielkraut ou Ménard. Une de ces chemises cartonnées dans lesquelles tu colliges méticuleusement les petits bouts de phrases susceptibles d’être estampillés « dérapages » qui te serviront de pièces à conviction. Le traqueur de propos nauséabonds veille : à chaque incartade verbale qui fait buzz, tu colles illico presto une contravention qui sera publiée en page 3 des Inrocks. À la fois flic, procureur et juge du politiquement correct, tu offres à la vindicte branchouille dudit magazine son lot hebdomadaire de fachos, de beaufs et de margoulins. J’en entends déjà te comparer à Fouquier-Tinville : ils oublient que ce dernier maniait la coprolalie avec beaucoup moins de talent que toi.
    En revanche, tu es méchant, certes, mais pas bête. On a bien compris qu’il était inutile de craindre quelque « billet dur » à l’encontre de ta nouvelle directrice éditoriale qui, d’ailleurs, aime beaucoup ce que tu fais. Ta méchanceté n’a rien de gratuit : c’est ton job. Aussi, continue à médire avec discernement : tu ne vas quand même pas flinguer une carrière prometteuse au nom de la probité intellectuelle, hein ?

    Je t’embrasse.

    Nicolas Huchet



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