mardi 20 août 2013

La fable des 3 petits cochons



Parfois, pour faire comprendre les choses aux enfants, rien ne vaut une petite fable pour faire passer un message discret. Cela permet la plupart du temps de leur expliquer le bien, le mal, les notions de la vie qu’il est important de comprendre pour bien s’armer dans le monde qui nous entoure. Cependant, les fables ont besoin, parfois, d’un peu de rafraîchissement pour coller à notre réalité. En voici un essai.
Version originale
Trois petits cochons, devenus grands, se séparent de leur maman : elle leur souhaite à chacun un destin heureux et les met en garde contre, notamment, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.
Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, construit une hutte en paille, jugeant cela suffisant pour se protéger de la pluie. Le second petit cochon, pas franchement travailleur, construit quant à lui une cabane en bois, estimant qu’elle sera suffisante pour le protéger des intempéries. Le dernier petit cochon, le raisonnable de la bande, construit de ses mains une maison en briques. Il la bâtit suffisamment solide pour le protéger des intempéries et même un peu plus.
Survient alors le Grand Méchant Loup. D’un souffle puissant, il balaie la hutte de paille. Son occupant a juste le temps de s’enfuir et de rejoindre son frère dans sa cabane. La cabane n’offre d’ailleurs pas un refuge plus solide : elle est à son tour balayée par le souffle puissant du prédateur. Fuyant à toutes jambes, nos deux petits cochons malheureux trouvent refuge dans la maison en brique de leur troisième frère. Cette dernière s’avère solide : malgré le souffle en tempête du loup, elle ne bouge pas, et il repart broucouille, comme on dit dans le Bouchonnois.
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Version américaine
Trois petits cochons, à peine calmés de leur poussée hormonale, se séparent de leur mommy : elle leur souhaite à chacun de trouver un job bien payé et les met en garde contre le sex, drug and rock’n'roll, et, accessoirement, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de bachelor.
Le premier petit cochon découvre qu’il peut vendre des tire-bouchons roses sur internet, estampillé « Pink Little Pig »(tm), et lance un business de fabrication de 100.000 unités grâce à un business-angel trendy. Après un LBO réussi, il se retire dans les îles caïmans pour profiter d’une retraite dorée.
Le second petit cochon, lui, s’est lancé dans les biotechs. Il découvre un moyen d’accéler la Polymerase Chain-Reaction par un facteur 10, dépose son brevet et encaisse les royalties depuis son research-center de Seattle. Depuis, il sirote des cocktails classy en écoutant de la musique funk dans son living-room : il a su rester cool.
Le dernier petit cochon, the last but not the least, lui, se lance dans les buildings; il construit un skyscraper avec un nouveau type de béton armé précontraint qui résiste sans aucun problème à un earthquake de magnitude 8, et au souffle d’un grand méchant loup. Son procédé de fabrication devient une trademark, ™, (c) et (r) et tout ça. Il rédige sa méthode de fabrication et crée une franchise, « Pig Concrete », qui compte bientôt des centaines de franchisés. Il explique sa méthode de réussite dans un livre, qui devient un best-seller. A la suite de douzaine d’interviews, il finit par séduire un célèbre film-director, et devient action-hero d’un film autobiographique. C’est maintenant une star, il a trois bodyguards. Alors, quand le grand méchant loup, célèbre serial-killer, a vaguement tenté de s’approcher de lui pour le shooter, il s’est fait kicker assez sauvagement avec une batte de base-ball…
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Version française
Trois petits cochons, devenus grands, tentent de se séparer de leur maman sur le plan fiscal : elle leur souhaite à chacun un travail tranquille, dans une administration territoriale pas trop loin de chez elle, ou, à la limite, dans une grande entreprise d’état, comme France Télécom, EDF ou Total, et les met en garde contre, d’une part, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents, et le fisc, pas super tendre non plus. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.
Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, opte pour des études en Histoire de Lard. La fillière est ultra-bouchée, mais elle dispose de deux atouts non négligeables : les bancs de l’amphi sont plein de petite truies bien cochonnes, les profs sont super sympas, super compréhensifs, et, surtout, notre petit cochon connaît un pote à la Direction Départementale des Musées qui, en suivant cette filière, a trouvé un job de planqué, pleins d’avantages, sans trop se fouler. Comme son ami est déjà dans la place, il ne devra pas avoir de mal à décrocher un poste, d’autant qu’il sait qu’il fera partie du jury pour le concours d’admission.
Le second petit cochon est un peu plus travailleur, et il a choisi le droit. Au bout de six années (dont une de redoublement) à trimer dans des amphis surchargés sur des codes de procédures dont le volume a doublé entre son arrivé en fac et sa sortie, il a un mal de chien à trouver un stage dans un cabinet. Au cours de celui-ci, il est promu Project Office Manager, ce qui revient essentiellement à être cantonné à faire des photocopies et du café pour préparer les réunions des associés. A la fin du stage, comme aucun job ne se profile à l’horizon, il se retrouve guichetier dans une grande banque.
Le troisième petit cochon, lui, en veut vraiment : pendant ses études d’ingénieur en informatique, il a découvert un nouveau moyen de faire des recherches plus rapidement sur internet. Il développe une petite application, et passe un an à établir un dossier pour l’Anvar, afin d’obtenir des subventions. L’anvar lui demande, pour accepter son dossier, de candidater à un concours organisé par une institution étatique prestigieuse, mais le dossier se perd à la CCI. Comme notre prévoyant petit cochon en avait fait une copie, il peut l’envoyer quand même dans les temps. Six mois plus tard, il n’est malheureusement pas sélectionné : à la place, c’est un chercheur de l’Institut National de l’Informatique Pour Les Recherches Sur Internet qui, bizaremment, dispose du même algorithme que lui, à deux trois petits détails près.
Comme notre petit cochon pense qu’il y a eu une fuite, il attaque la nouvelle start-up de ce chercheur épaulé par France Télécom R&D, EDF et Total R&D. Il perd au procès et doit payer une très lourde amende pour procédure injustifiée. Ruiné, il se retrouve au RMI pendant deux ans. Il va finalement voir son premier frère, qui, lui, a finit par obtenir son poste à la Direction Départementale des Musées. Il l’héberge pendant un mois, puis lui file quelques ronds et l’expédie chez son autre frère, le guichetier. Ce dernier lui propose l’immigration au Canada. Le troisième petit cochon, au bout du rouleau, accepte et embarque pour Toronto. Il y monte finalement sa société de Data Storage qui deviendra deux ans après un leader du marché.
Pendant ce temps, le grand méchant loup, lui, s’est fait expulser de son squat. Recueilli par Emmaüs, on le retrouve, victime d’une overdose, un petit matin froid de décembre.
A ce moment, le fisc tombe sur le guichetier qui, pour arrondir ses fins de mois, faisait un peu de brocante sur eBay. Ruiné, il se suicide.
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Toute ressemblance avec un Système Social Que Le Monde Nous Envie serait, évidemment, purement fortuite.

Paris XII - 21-août-2013

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