vendredi 23 août 2013

Le con du jour: Edgar MORIN et sa Pensée Complexe (TM) (c) (r)


Un espoir est né pour la jeunesse française qui ne rêve qu’à sa retraite : la vieillesse car, si elle est pour certains un naufrage, elle peut très bien être aussi une tranche de rigolade pour ceux qui l’observent. J’en veux pour preuve les dernières productions intellectuelles déplorables d’Edgar MORIN encensées dans un élogieux article du monde, et qui feront, évidemment, un tabac chez les jeunes et les journaleux de notre presse nationale, vibrants messagers du vide intersidéral qui constitue la pensée profonde dans ce pays.

Déjà, notons que notre piposophe est en fait, fortuitement, un communiste de la première heure, sociologue, évidemment anti-clérical et plus généralement anti-monothéiste mais – bisounoursisme oblige – il apprécie le bouddhisme, la non-violence, le CNRS et la Pensée ComplexeTM.

Pensée complexe™ qu’il met immédiatement en application dès les premiers paragraphes de son édito en y donnant une définition joufflue : 
« Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot "complexus", "ce qui est tissé ensemble". Les constituants sont différents, mais il faut voir comme dans une tapisserie la figure d’ensemble. Le vrai problème (de réforme de pensée) c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il vaut mieux apprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas seulement établir bout à bout une connexion, mais établir une connexion qui se fasse en boucle. Du reste, dans le mot relier, il y a le "re", c’est le retour de la boucle sur elle-même. Or la boucle est autoproductive. À l’origine de la vie, il s’est créé une sorte de boucle, une sorte de machinerie naturelle qui revient sur elle-même et qui produit des éléments toujours plus divers qui vont créer un être complexe qui sera vivant. Le monde lui-même s’est autoproduit de façon très mystérieuse. La connaissance doit avoir aujourd’hui des instruments, des concepts fondamentaux qui permettront de relier. » 
Et plus loin : 
En 2010, la planète a continué sa course folle propulsée par le moteur aux trois visages mondialisation – occidentalisation – développement qu’alimentent science, technique, profit sans contrôle ni régulation. 
C’est complexe, c’est touffu, et c’est surtout alambiqué : c’est du MORIN.

Je passe sur le « profit sans contrôle ni régulation » qui fait rire tous ceux qui manipulent du code fiscal pour survivre, pour noter que notre sociologue qualifie de course folle la mondialisation, l’occidentalisation et le développement. Ceux qui ont bénéficié, dans la plupart des pays émergents, de cette mondialisation, de l’occidentalisation et du développement, apprécieront également.

En fait, partant du principe que le monde va de plus en plus mal et qu’il y a de plus en plus de pauvres (même si les chiffres montrent bel et bien le contraire), il arrive donc à la conclusion quele monde va de plus en plus mal et qu’il y a de plus en plus de pauvres.

Puissant ?
Non, complexe™, tout au plus.

C’est comme l’occidentalisation, qui ressemble à s’y méprendre à du Paic Vaisselle : quand y’en a plus, y’en a encore, ou y’en a moins, allez savoir : 
L’occidentalisation du monde s’est accompagnée du déclin désormais visible de l’Occident.
Eh oui : on occidentalise à tour de bras, dans une course folle, mais l’Occident décline.

Puissant ?
Non, non. Complexe™, qu’on vous dit.

Même en admettant ce déclin, pourquoi s’inquiéter vraiment ? Après tout, le déclin de l’Empire Romain aura ouvert la voie à d’autres empires, et rien, finalement, n’est éternel, pas même les Pensées Complexes™ de MORIN. En fait, ce qui enquiquine MORIN avec ce déclin est résumé quelques lourdes phrases plus loin : 
La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos et aux nationalismes abstraits dans le sens où ils s’abstraient du destin collectif de l’humanité.
Si les nuits de MORIN sont peut-être enceintes, elles sont surtout très obscures, et plongées dans de gros barils de pétrole.

Mais le mieux, bien sûr, c’est le « destin collectif de l’humanité ».

Vous ne le saviez pas, je ne le savais pas non plus, mais nous avons pourtant un destin collectif. On ne voit pas trop de quoi ce destin collectif est fait, mais comme c’est dit dans une phrase ou le mot « abstrait » est tout de même présent trois fois, on sent que tout ceci n’a pas besoin d’être vraiment concret.

Le paragraphe suivant va heureusement nous apporter quelques lumières : 
Le développement n’est pas seulement une formule standard d’occidentalisation qui ignore les singularités, solidarités, savoirs et arts de vivre des civilisations traditionnelles, mais son déchaînement techno-économique provoque une dégradation de la biosphère qui menace en retour l’humanité.
 Ah bah non, finalement. C’est juste une nouvelle Pensée Complexe™  du père MORIN qui vient s’ajouter à la précédente, petite perlouse colorée enfilée sur la ficelle de chanvre indien d’un raisonnement de plus en plus, euh, complexe ! On ajoutera donc religieusement du déchaînement techno-économique (fichtre, diable, diantre) et de la dégradation de la biosphère aux bidules abstraits qui font du destin collectif pour tout le monde.

En fait, pour MORIN, tout régresse, c’est la cata. Pire que la cata : c’est la déroute, la débâcle, la grosse merde, puisque même « la personne la plus consciente de la complexité planétaire, la plus consciente de tous les périls que court l’humanité » est partie en sucette grave de chez grave. De qui parle MORIN ? Du Dalaï-Lama ? De Lady Gaga ? Non. De Barack Obama.

Car en effet, en plus d’être un gentil bisounours qui balance de la Pensée Complexe™ comme d’autre du ketchup sur leur hamburger, qui aime le communisme, le CNRS et la sociologie à la fraônçaise, Edgar aime Barack. Voilà qui est foutrement original, non ?

Je passe sur les derniers paragraphes où le patriarche en roue libre nous ressort ses médailles poussiéreuses et les photos sépias d’une époque révolue depuis plusieurs générations pour nous montrer que si on va joyeusement vers les Zeures Les Plus Sombres de Notre Futur, l’espoir n’est pas totalement perdu (ouf !).

Terminant avec brio par une citation de biscuit chinois servi dans les restaurants de Belleville (« Le probable n’est pas certain et souvent c’est l’inattendu qui advient. ») et un proverbe turc sur des nuits enceintes, Edgar nous aura donc livré une soupe de petits légumes fades, en vrac, dont on comprend qu’elle ne peut qu’enthousiasmer ceux qui confondent régulièrement profond et obscur, complexe et compliqué voire foutraque.

En fait, il manipule, comme bien souvent les « penseurs » en France, des termes qu’il maîtrise peu ou pas et camoufle ses platitudes cosmiques dans des tournures entortillées et des mots à rallonge.

C’est un peu comme si, à l’hospice où on l’avait soigneusement rangé et duquel on n’aurait jamais dû le sortir, notre Edgar avait aligné Capitamimse en mot compte triple sans se rendre compte que ça ne s’orthographie pas du tout comme ça. Et toute la presse de s’empresser d’ajouter les points au compteur du papy, sans voir que la moitié des mots du Scrabble qu’il nous propose sont inconnus au bataillon ou même pas reliées entre eux.

Encore une fois, de tels Key Opinion Leaders flottent en orbite à des parsecs de la réalité de tous les jours. Le savoir abreuver des bataillons entiers d’étudiants boutonneux avec sa foutue Pensée Complexe™, me fait encore une fois atterrir sur la même conclusion que celle de mon post de hier : Ce pays est foutu.

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