mardi 8 octobre 2013

Sécurité, bisous, mortalité(s) et taxes, of course


Si le Prince du Carlton de Lille n’était pas tombé il y a deux ans pour des histoires de bistouquette, peut-être se serait-il fait contrôler à plus de 200 km/h, au volant de la Porsche que lui prêtait Ramzi KHIROUN, par un de ces radars qui fleurissent en France comme de la mauvaise herbe sur un balcon pas bien nettoyé.

Il y a deux ans, sous la mandature du nabot, vous vous en souvenez j’espère, le gouvernemaman avait décidé de réduire le nombre de points retirés lors de certaines infractions et de permettre aux automobilistes de retrouver plus rapidement les points perdus. Conséquence ou non, le nombre de morts sur les routes constaté avait monté sur un mois et déclenché un réflexe pavlovien chez les décideurs: plutôt que revenir sur la décision initiale et voir ainsi si c’était bien elle qui avait pu déclencher une telle hausse, ils se sont empressés de courir un peu partout les bras en l’air et … de prendre de nouvelles décisions sans lien avec les précédentes. Notamment de retirer les panneaux avertissant les radars. C’est malin, non ?, puisque l’objectif initial des radars –rapporter des taxes- sera plus facile à remplir ainsi. C’est en revanche très bête pour la sécurité puisque ceux qui verront les radars de loin risquent d’utiliser le frein de façon brutale.

Sur le plan constitutionnel, on est en droit de se demander si cette lubie est parfaitement en règle: n’importe qui peut, en effet, relever les positions des radars fixes, et en faire mention sur une carte (qu’elle fut électronique ou papier, peu importe). C’est la base de la liberté d’expression et on voit mal quelle règle on peut enfreindre ce faisant. A part cela, on est aussi en droit de se demander pourquoi tant d’efforts sont faits pour lutter contre les morts sur la route, alors que le résultat ne semble pas si probant. En effet, si l’on regarde quelques statistiques, on peut facilement mettre en rapport ces morts-là avec ceux, aussi ballots, des accidents domestiques, des maladies nosocomiales ou des suicides, toutes ces autres causes que de bonnes campagnes de prévention permettraient sans doute de combattre.

D’ailleurs mettons en rapport le nombre de mort et la médiatisation des campagnes de prévention afférentes (source : InVS, 2008): 
  • 29,6 % de tumeurs néoplasiques, soit 161.000 personnes,
  • 21,8 % d’autres causes (les morts du système ?), soit 118.000 personnes,
  • 21,4 % de maladies cardiovasculaires, soit 116.000 personnes,
  • 6,1 %, d’accidents vasculaires cérébraux, soit 33.000 personnes,
  • 4,6 %, d’accidents domestiques, soit 20.800 personnes,
  • 3,2 % à cause d'Alzheimer, soit 17.300 personnes,
  • 2,2 % de diabète, soit 11.900 personnes,
  • 2,0 % de pneumonies et grippes, soit 10.800 personnes,
  • 1,9 % de suicide, soit 10..200 personnes,
  • 1,8 % de démences, soit 9.700 personnes,
  • 1,7 % de maladies des voies respiratoires inférieures, soit 9200 personnes,
  • 1,4 % de maladies chroniques du foie, soit 7.600 personnes,
  • 1,3 % de maladies du rein et de l'uretère, soit 7.000 personnes,
  • 0,9 % de Parkinson, soit 4.800 personnes,
  • 0.7% d’accidents de la route, soit 4.200 personnes.
  • 0.05% de cas de SIDA, soit 300 personnes.
Diable ! Comme on le note, un paquet de fric est largement et gloutonnement dépensé dans la prévention des accidents routiers (ou dans la lutte contre le SIDA) alors qu’en regard, les accidents domestiques, les suicides et les cancers provoquent bien plus de morts et — paradoxalement — bien moins de spots navrants à la télévision.

Eh oui : en réalité, lutter contre ceux qui clabotent d’une crise cardiaque ou qui se sont malencontreusement passé la tondeuse à gazon sur la nuque, c’est ni glamour ni politiquement bénéfique. Impossible, en effet, de coller des détecteurs de comportements idiots dans les maisonnées, avec une belle amende à la clef (sinon, croyez-moi, ce serait déjà fait). Trop compliqué et surtout, beaucoup trop impopulaire de limiter certaines consommations et certains régimes, trop peu glamour et médiatique de lancer de grandes études médicales pointues sur la nutrition pour éviter les crises cardiaques. On préférera toujours les bonnes taxes juteuses d’un radar! Même s’il y a 40 morts par crises cardiaques et par accidents vasculaires divers pour chaque mort sur les routes, on s’occupera du dernier, visible, plutôt que des quarante autres, disséminés dans la société française.

Si l’on additionne les morts des deux premières causes, cela revient à dire que pour chaque personne qui se tue connement sur une route, près de 80 personnes, soit un car de tourisme plein, passe l’arme à gauche.

En réalité, c’est, pour ces deux dernières causes, aussi bien ainsi: il est déjà difficile d’encaisser les niaiseries du gouvernement que lui donner encore plus de moyens pour nous taper sur les nerfs et réguler notre existence jusque dans ses détails culinaires serait insupportablement frustrant.

En revanche, il n’en va pas de même pour les maladies nosocomiales ou des suicides : l’une et l’autre font partie de cette santé dont l’Etat prétend s’occuper, à grand frais. L’une et l’autre sont donc, qu’on le veuille ou non (magie de l’impôt citoyen et coercitif) de sa responsabilité. Dès lors, chaque euro dépensé dans la prévention routière et qui a permis de sauver une personne aurait très bien pu, avec un peu de logique, en sauver plusieurs dans ces autres causes. On frémit à l’idée du nombre de personnes qui seront mortes sur l’autel d’une prévention routière bien juteuse pour un Etat cynique cruellement en manque de fonds.

Comme on peut le voir, l’allocation des ressources est vraiment optimale: non seulement, les gens de l’Etat savent mieux que vous ce qui est bon pour vous, mais quand ils dépensent sans compter l’argent qu’ils vous prennent dans vos poches, c’est pour les causes qui sont les plus utiles à leur propre intérêt, et les plus néfastes aux vôtres.


Si vous avez cette petite impression de vous faire avoir sur toute la ligne, c’est normal : c’est aussi ça, la magie du dirigisme.

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