mercredi 27 novembre 2013

Charte de Laïcité et lavage de cerveau


Trêves de plaisanterie, j’ai lu la fameuse Charte de la Laïcité.

Ca commence comme ça :
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale
Qu’est ce que c’est que cette connerie encore de République sociale? La dernière étape avant la République socialiste?

Imaginons, juste pour rire, qu’un ministre de l’éducation dans un gouvernement de droite ait pondu une charte à afficher dans toutes les écoles dont le préambule aurait défini la France comme une République libérale?

Genre
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et libérale
Alors c’est très bien de rappeler dans cette charte que l’Etat est neutre à l’égard des convictions religieuses ou spirituelles. Mais qu’il le reste aussi, neutre, à l’égard des convictions politiques.

Car au fil de l'eau je constate que cette république souffre de plus en plus d'une overdose chronique de grands principes. Le plus difficile pour les principaux et proviseurs chargés de la faire appliquer sera sans doute de lui trouver une place sur les murs des établissements déjà recouverts de règlements de toutes sortes, tous censés assurer le respect du bien commun et encore plus de lui donner un semblant de crédibilité aux yeux des élèves, saturés par les dix ou vingt pages de règlement scolaire de l’établissement, soigneusement consignées dans le carnet de correspondance.

En matière d’affirmation des grands principes, l’Education nationale n’a jamais manqué de constance, ni d’obstination. Il n’en va pas de même de sa capacité à les faire vivre, à leur donner corps et l’on ne peut guère en vouloir aux élèves d’accueillir par des ricanements ou des haussements d’épaules ce nouveau caprice ministériel.

Au fil des quinze principes affichés dans la charte, proclamés dans cet imbuvable prêchi-prêcha qui semble la marque de fabrique du ministre, les contradictions, les impostures ne manquent pas qui, au final, lui font perdre toute crédibilité.

Difficile, par exemple, de prendre au sérieux l’affirmation de l’égalité garantie par la République (principe 1) –quel rapport au passage avec la laïcité?– dans un pays déchiré par la crise sociale et par une aggravation des inégalités dont la République semble s’accommoder sans forcer sa nature.

Les élèves ne sont ni aveugles ni idiots au point de ne pas se rendre compte que l’école de la république laïque et indivisible est le lieu d’une sélection et d’une ségrégation sociale brutale, que ceux d’entre eux qui se retrouvent très jeunes en difficulté, avant d’être «orientés», comme disent pudiquement leurs maîtres, en apprentissage ou en lycée professionnel sont issus presque exclusivement des milieux défavorisés.

Les programmes scolaires usent et abusent –en cours d’histoire et d’éducation civique notamment– de références aux déclaration solennelles relatives aux droits de l’homme (Déclaration de 1789, Déclaration universelle des droits de l’homme, Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et j'en passe...) qui, le plus souvent, ne suscitent aucun écho ou tombent à plat dans les salles de classe, tout simplement parce le fossé est profond entre les libertés promises et le vécu quotidien des élèves: la liberté, ce sera pour plus tard.

Demandons nous un instant ce que serait une école qui offrirait réellement aux élèves «les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté» (principe 6), par exemple par l’intermédiaire de l’exercice pratique de responsabilités, plutôt que de les afficher sur un mur? Il faudrait une révolution culturelle sans doute hors de portée d’un système éducatif.

Cette charte de la laïcité, par davantage que toutes celles du même type qui encombrent les établissements scolaires, n’est pas en mesure de faire grandir et de former des citoyens: en fait, l’éducation ne se réduit pas à un verbiage prétentieux. Je suis consterné de voir un ministre prétendument de gauche, mettant en avant à tout bout de champ un rationalisme qu’incarnerait la laïcité, se complaire dans une posture et des sermons finalement d’inspiration cléricale aussi peu fondés sur la raison et l’expérience.

Derrière la revendication du vivre ensemble, c’est en réalité la stigmatisation qui est à l’œuvre. Loin de «libérer», comme le prétend PEILLON, la laïcité, enferme les individus dans une identité fantasmée et constitue l’occasion d’occulter des conditions sociales qui fabriquent l’exclusion, en empêchant l’émergence d’une société plus juste et plus harmonieuse.

Aussi, les enseignants feraient mieux de consacrer leur temps à enseigner aux mioches la seule morale «morale» qui vaille la peine: les droits de l'homme et du citoyen qui ne sont ni laïcs, ni bénis-oui-oui. De la maternelle au bac et en intensif. Notamment de rappeler:
« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans d’autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. » [article 25, déclaration de 1948]
Et naturellement, les enseignants viendraient à désigner devant leurs élèves comme illégitime tout élu du peuple qui ne ferait pas respecter de telles clauses. Et de leur apprendre que désobéir à ces malotrus n’est pas seulement légitime, mais constitue un devoir moral.

Ces mêmes enseignants pourraient aussi insister sur l’évolution des déclarations des Droits de l’homme au fil du temps. Voir pourquoi tel ou tel article n’a pas résisté à l’usure des hommes. Comme ce fameux article 35 de l’édition 1793:
« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
Apprendre aux élèves les droits de l’homme, TOUS les droits de l’homme, de toutes les éditions, sacrée mission, non? Ça vaudrait tout de même mieux que de leur faire ânonner les paroles sanguinolentes de la Marseillaise?

Et vous, PEILLON, prenez-en de la graine. Sûr que personne ne songerait à vous comparer à PETAIN si vous mettiez un tel enseignement au programme scolaire officiel.

En attendant donc ce déclic ...

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