mardi 19 novembre 2013

De l'illégalité de la banane, entre autres choses

 
La désormais célèbre une de couverture du magazine Minute met le microcosme politique en émoi. Conséquence logique, l’armée vigilante du Bien Universel qui sévit sur le net et les réseaux sociaux s’est mise en branle. Et les dénonciations ne se font pas attendre, comme à l’époque de Vichy où les préfectures croulaient sous les courriers, ou comme à l’époque bénie des soviets où chaque immeuble recelait un cafard dont le rôle consistait à dénoncer les déviants au NKVD.

Ainsi donc, qu’on puisse s’émouvoir qu’au pays qui aurait inventé la Liberté et les drouadloms, un ministre puisse proclamer qu’il entend interdire la parution du dit magazine, réduirait de fait les concernés au rang de salopards racistes hurlant injustement à la censure. Et les petits soldats citoyens d’embrayer en répétant mécaniquement la désormais célèbre formule, usée jusqu’à la corde : "le racisme n’est pas une opinion mais un délit".

Certes, en l’état actuel et désastreux du droit français c’est vrai, et les responsables de cet état de fait sont à débusquer aussi bien à droite qu’à gauche. Comme s’il y avait une sorte de concours discret où le premier prix reviendrait à celui qui sera le plus liberticide pour complaire aux divers groupes de pression. Étant entendu que la république une et indivisible est, bien évidemment, insensible à toute manifestation de communautarisme, d’où qu’il vienne. La course à l’échalote débuta en 1972 avec la loi PLEYEN qui ouvrit un boulevard à tous les petits commissaires politiques désireux de complaire à leurs clientèles. S’engouffrèrent ensuite dans la brèche, M. GAYSSOT et Mme TAUBIRA (déjà!).

Et bien sûr personne ne voit le paradoxe qu’au pays de VOLTAIRE, qui selon la formule apocryphe, bien que partageant pas une idée entendait se battre afin qu’elle puisse être exprimée, on trouve normal de détailler les libertés comme de la rayonne sur un étal du Marché Saint-Pierre. "La liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas", phrase qui orne le frontispice d’un célèbre journal satyrique hebdomadaire, ne semble pas ébranler les convictions des citoyens vigilants qui le lisent pourtant. Autrement plus inquiétant, le fait que tous les zélés zélateurs du verrouillement de la parole, se retranchent derrière l’excuse de la légalité. De fait, ils s’épargnent le douloureux questionnement de la légitimité; il faut dire que la migraine serait assurée. Pourtant elle est centrale cette question. On ne cesse de nous bassiner que le droit et la morale sont deux choses séparées qui ne peuvent souffrir la moindre interconnexion. Pourtant, avec ces lois, nous sommes en plein dans l’irruption de la morale dans le champ pénal!

Certes, le racisme n’est pas moralement défendable, mais est-ce une raison suffisante pour le réduire à une expression pénalisable? A ce compte, il faut alors pénaliser l’expression de tout ce qui peut choquer les sensibilités de rosières de nos petits post-modernes qui d’ailleurs n’attendent que cela. En manière d’aparté, me vient une petite question: est-ce que traiter de fascistes tous ceux qui ne pensent pas comme soi est une attitude moralement défendable?

D’un côté on se plaint de la judiciarisation de la société, de l’autre on cède aux joies de l’envie de pénal. "Le racisme n’est pas une opinion mais un délit", ou la légalité adorée comme le veau d’or, l’Alpha et l’Omega dispensant de la moindre réflexion sur la légitimité de la loi. C’est d’autant plus étonnant que ceux qui adorent la légalité, se retrouvent également dans les rangs de ceux qui couinent au retour de la bête immonde. Ils oublient que la légalité ça a été les lois de Nuremberg, celles sur le statut des juifs, sur la collectivisation des terres en Ukraine. Lois qui débouchèrent en toute légalité sur les camps et l’Holodomor.

Dura lex, sed lex comme on dit, sans la moindre trace d’humour, chez les juristes.

En manière de conclusion je me contenterai de rappeler à tous les VYCHINSKI à la petite semaine qui polluent le net de leurs inopportunes éructations, une citation de Martin LUTHER KING: 
« Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m’aimer mais il est important qu’elle lui interdise de me lyncher».

En clair, l’expression du racisme n’est qu’une opinion (qui vaut ce qu’elle vaut), seul l’appel au passage à l’acte est condamnable; en dehors du passage à l’acte lui-même, bien sûr

Mais le bougre a contre lui, bien qu’il soit afro-américain, le fait d’avoir été citoyen des États-Unis d’Amérique. Pays où la liberté d’expression est totale, ce qui ne saurait convenir à ces messieurs-dames de la gauche hexagonale, le fameux Camp du Bien.

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