jeudi 21 novembre 2013

Le ministère de la propagande vous informe sur l'Education Nationale


L’EdNat peut s’enorgueillir de fournir des ressources inépuisables de bonnes tranches franches de rigolades au travers des manuels de propagande cours qu’elle place dans les mains de ses petits futurs con-tribuables. Enfin, quand je dis «rigolade», c’est un camouflage pudique des nombreux dégâts que cause cette institution au sein de la population française.

Et question dégâts, on en a déjà une bonne idée lorsqu’on parle lecture (les enquêtes PISA sont sans ambiguïté); grâce à l’intervention permanente des gogos  endoctrineurs pédagogues, la méthode globale, à peine lardée d’un peu de syllabique, aura perduré sur les trente dernières années. Le taux d’illettrisme augmente donc gentiment depuis, sans que personne n’y trouve rien à redire. Le Bled et le Bescherelle sont depuis longtemps tombés dans les poubelles de l’histoire, les dictées sont surannées, et l’apprentissage de base de la langue est globalement léssay a l’appraytiassion dé phamylles don lay inpeaux son heuresemant toujour praylevay, merci bi1.

En tout cas, en parallèle des pathétiques récentes peillonnades, cela a permis de dégager un nombre considérable d’heures maintenant consacrées à de nouvelles matières indispensables: des cours indispensables “d’informatique” (ou remuage d’icônes sur des iPads rutilants payés par la collectivité, merci président François), on trouvera donc pléthore de cours d’art, dramatique dans tous les sens du terme, de poterie, de macramé, ou d’expression corporelle au son de djembés républicains, citoyens et festifs. Et bien sûr, quelques indispensables cours d’éducation économique et sociale, violemment citoyens.


Par exemple, on découvre que les cours d’Histoire de Terminale “Eco” donnaient largement la parole à ce type de discours dont l’orientation est impossible à camoufler et le manichéisme si grotesque qu’on se demande dans quelle mesure les auteurs n’ont pas tenté un second degré d’une redoutable subtilité. Ainsi, il leur semblait nécessaire de citer les éternels sociologues affûtés du CNRS:
“À gauche, quelques-uns ne veulent pas se rendre complices d’un système qui tente de persuader les gens qu’un compte en banque bien garni est le symbole de la réussite et l’étalon permettant de juger de la valeur d’une personne.”
Manuel d’histoire Term. ES

Ah oui, les complices de la vilaine drouate! Ce manuel (de chez Hachette) n’y va pas par quatre chemins. Plus caricatural reviendrait à écrire que les gens de gauche sont tous gentils (le fameux Camp du Bien, rappelez-vous) et ceux de droite sont des égoïstes fascistes dont le goût pathologique pour l’entassement d’argent sur le dos des honnêtes gens exploités ne peut évidemment que conduire la planète à la ruine totale à base de chatons mixés au blender et autres bébés découpés vivants dans des caves sombres…

Mais rassurez-vous, ce n’est pas tout!

Chez Magnard, pour le programme de Première SES, les idéologues ont décidé d’une approche encore plus subtile: on va faire participer l’élève à son propre lavage de cerveau. C’est positivement grandiose puisque cela fera passer l’idée que l’État est l’Alpha et l’Oméga de tout ce qui va bien en France, sans l’écrire directement. Pour cela, ils nous proposent un exercice simple: étudions un mercredi ordinaire dans la famille PEILLON PERILLAT.


Passons pudiquement sur la description de la journée, dont je laisse le détail aux lecteurs aguerris. Difficile de trouver plus transparent dans l’exposition de la nasse étatique aux mailles étroites qui s’est mise en place autour du citoyen lambda: impossible de passer un banal mercredi sans se voir imposé l’une ou l’autre incursion du Léviathan, un peu comme les fourmis qui s’installent et bambochent systématiquement dès qu’on a choisi de faire pique-nique.

Non, ce qui m’intéresse ici est bien le petit exercice proposé en fin de page, véritable morceau de bravoure interactive qui permet d’impliquer directement le futur citoyen et lui coller aussi sûrement qu’une balle dans la tête le concept évident que l’État est absolument indispensable pour tout mercredi ordinaire qui se respecte. En quatre questions accolées comme les planches d’un cercueil, le “manuel” propose d’une part de prendre la mesure de la puissance de l’État et d’autre part de toucher du doigt cette réalité indépassable: sans lui, point de salut.


Ainsi pour les première et deuxième questions (donner des exemples de dépenses publiques dans différents domaines, financées de différentes façons), je pourrais citer le cas de ces nombreux collèges dont le taux de remplissage d’élèves n’atteint que péniblement 50%, là où le taux de remplissage en personnel d’encadrement (enseignants, éducateurs, vacataires divers pour le nettoyage, la cantine, la maintenance des installations) est lui de 100%. Que voilà une dépense publique judicieuse! Pour les transports, le déplacement de plus de 700 députés européens de Bruxelles à Strasbourg (pour ne pas vexer les Français), depuis des dizaines d’années, est là encore une illustration de la saine gestion des deniers publics. On pourra évoquer le ferroutage, consciencieusement impraticable, et subtilement saboté par l’introduction d’une écotaxe qui met lentement le pays en état d’émoi généralisé. On pourra aussi évoquer les dépenses de santé finançant l’AME, la CMU (issues toutes deux de l’impôt et non des cotisations) qui permettent à la France d’attirer à elle cette partie du monde qui a un besoin impératif de se faire soigner aux frais du contribuable local. Pour la culture, Orélifilipeti nous livre régulièrement des exemples de dépenses publiques judicieuses; du reste, on se rappellera que les États-Unis, dont la culture n’est pas à proprement parler en train de décliner, n’ont aucun ministère dans le domaine. Serait-ce une piste à explorer? Rassurez-vous, cet exercice ne vous le proposera pas.

La troisième question (donner un exemple de mesure qui modifie une allocation de ressources) est peut-être l’occasion de revenir en détail sur, justement, l’écotaxe qui a cet énorme avantage de réallouer certaines ressources bretonnes vers Pôle Emploi? Et bien évidemment, comment ne pas évoquer les diverses vexations fiscales qu’on fait subir aux contribuables pour s’assurer “un fléchage” de leurs investissements, de leur épargne, par exemple vers des bons d’états dont la sécurité (de plus en plus douteuse) et le rendement (de plus en plus inénarrable) donnent une bonne idée de la duplicité de l’État en la matière? L’exercice évoque la prime à la casse, sans toutefois exposer le marasme dans lequel vit l’automobile française actuellement: si la prime a artificiellement bien dopé les commandes lorsqu’elle était en vigueur, et ceci avec un coût très important sur les finances publiques, le retour à la normale fut brutal à son extinction. La dépense publique, ici, aura largement retardé les ajustements structurels nécessaires d’une filière en crise, pour les rendre au final encore plus douloureux. Bref. La nausée me monte.

Mais je crois que la question ultime, la quatrième, mérite qu’on s’y attarde un peu. En effet, elle propose à l’élève un travail de science-fiction complètement fou puisqu’il doit imaginer la vie d’une famille si les dépenses publiques étaient exclusivement réservées au régalien (défense, police, armée). L’exercice est foutrement dangereux puisqu’alors, si l’État ne s’occupe plus de toute cette myriade de bidules divers dans lesquels il intervient actuellement sans cesse, il n’a plus légitimité pour pomper les sommes consternantes pour ce faire. Dès lors, la journée de notre famille devient fort différente. Par exemple, rien n’interdit d’imaginer qu’un seul salaire suffit alors pour la famille, ce qui change un peu les déplacements des uns et des autres. On notera aussi que le temps consacré à la paperasserie administrative diminuerait nettement; fini l’impôt-temps que l’Etat impose à tous, surtout aux plus pauvres. Mais surtout, il n’y aurait pas de changement majeur dans les services disponibles: des services de cars privés, ça existe, et ils fonctionnent très bien (le monde entier est rempli d’exemples). Une éducation de qualité, privée et peu chère, c’est parfaitement possible, et ça existe déjà. Quant aux musées privés, est-il besoin, ici, de lister tous ces grands établissements privés qui ne vivent que par leurs mécènes, les dons et le prix des entrées, pour montrer que oui, décidément, un ministère de la Culture est parfaitement dispensable d’autant qu’il est coûteux? La nausée monte encore plus.

Coincés dans leurs certitudes du tout-à-l’État, les auteurs de ces manuels ne se rendent même pas compte que demander “Sans l’état, qui entretiendrait les routes?” revient à poser la question “Sans l’esclavage, qui ramasserait le coton?”; les routes, maintenues de façon privées? Vous n’y pensez pas, c’est impossible! Les chemins de fer, tous privés au 19ème siècle? Oubliés. L’état, réduit à sa portion congrue régalienne? Allons, c’est à l’évidence la ruine de la famille, la fin des haricots et la mort du petit cheval!

Finalement, dans ces manuels, l’idéologie collectiviste plus ou moins visible s’y dispute avec un manque d’imagination chronique, de prise de recul et de mise en comparaison avec le reste du monde. Bref, normo-centré sur la Fraônce, centre du monde, centre de la culture, centre des drouadlom. D’une façon troublante, ils sont en réalité l’exact reflet de ce que les enseignants pensent de l’entreprise privée, lieu, selon 62% d’entre eux, d’une insupportable exploitation, ou, mieux encore, l’expression écrite de cette délicieuse pensée française, qui croit encore être le phare du monde moderne intellectuel. Dans cette vision surannée, l’État colbertiste et le centralisme jacobin expliquent à eux seuls le niveau d’achèvement superbe qu’à pu atteindre la France. Je vais vomir.

Ce pays est foutu.

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