mercredi 18 décembre 2013

La mort pour tous, c'est maintenant!


La question de l’euthanasie revient avec fréquence dans les médias, telle la comète de HALLEY dont on sait qu’elle passe à intervalles réguliers. C’est une sorte de marronnier qui marche pas mal quand le journaleux n’a rien à se foutre sous la dent. Et malheureusement c’est avec le même dégoût que je lis et relis tous les ans ce sujet avec les mêmes articles, les mêmes témoignages et conclusions et les mêmes exemples. Un peu comme les thématiques sur les francs-maçons, les prix de l’immobilier et les hôpitaux…

Souvenons-nous qu’il y a deux-trois ans on a pu mater en 16/9ème sur écran extra-plat le visage tuméfié et déformé de Chantal SEBIRE. Une exhibition honteuse reprise par certains qui en firent la promotion pour revendiquer une loi sur l’euthanasie.

Mon propos n’est pas d’écrire que je suis contre ou pour l’euthanasie mais contre une loi. Chacun a la propriété exclusive de son corps. Si une femme veut avorter et bien qu’elle avorte, de même que si un homme veut se donner la mort, libre à lui. Mais refusons que la pieuvre législative intervienne dans une question si personnelle. Malheureusement, toujours soucieux de manifester sa bienveillance envers ses sujets par médias interposés, et dans le plus infime détail et dénuement, le Léviathan vient de faire publier un rapport, ou étude, ou document, ou griffonage, ou chiffon (ces termes sont synonymes) établi par une haute commission, ou haut comité, ou haut conseil, ou haut aréopage (même remarque) composé(e) de spécialistes du néant, experts en art sorcier, chercheurs en art contemporain auxquels s'ajoutent, de hautes personnalités et d'aléatoires quidam pêchés dans la menue plèbe.

L'objet de ce rapport (pour simplifier), est de faire progresser, sans trancher mais en suggérant des propositions aptes à devenir des avancées législatives, la question, déjà débattue sans succès, de l'euthanasie, du suicide assisté, de la fin de vie, et diverses désignations d'un passage de l'existence vers le rien (ou le paradis, l'enfer...).

Rien de plus grotesque que l'expression fin de vie: on ne peut savoir qu'un individu s'est trouvé en fin de vie qu'une fois qu'il est mort, car s'il semble que la mort soit un événement certain, sa date, elle, étant incertaine, et l'on peut aussi bien dire qu'était en fin de vie depuis sa soixante-quinzième année un monsieur mort, en bon état, à quatre-vingts ans que l'était en son dernier matin une demoiselle de vingt ans tuée l'après-midi par une chute de tuiles.

Pour le reste, jeté en vrac dans ce pseudo-débat avec la confusion propre à ces agitations essentiellement spectaculaires (entendu: destinées à fournir un spectacle), il s'agirait à la fois du suicide en dernier ressort et de la possibilité accordée à des bourreaux, ou médecins, d'expédier ad patres un agonisant dont on n'espère plus rien et dont l'entretien devient onéreux.

En fait, toute l'affaire se résout à la question, prudemment occultée, de la propriété de soi, que l'on peut considérer de trois manières :
  • La plupart des religions affirment que toute vie humaine appartient à Dieu, et que lui seul en dispose, quiconque partage cette croyance s'en remettra aux interprètes de la parole divine, les prêtres, pour déterminer s'il doit vivre ou mourir, décision qui ne regarde en rien la Pieuvre,
  • D'autres êtres humains ont la conviction que leur vie leur appartient, qu'ils ont le droit d'y mettre fin selon leur bon plaisir, et qu'il est légitime et moral (mais hélas non licite) de prier un tiers (médecin, charcutier, piposophe...) de leur tirer une balle dans la tête pour ensuite dévorer leur carcasse. Cette position est fortement combattue, et sa mise en œuvre prohibée par des nuées de lois,
  • La troisième attitude, qui prévaut, est celle de la Pieuvre qui considère que la vie de ses sujets lui appartient et qu'elle est seul maître de la préserver ou de la détruire. Cette dernière se sentant d'autant plus riche et forte qu'il y a plus de sujets, et qu'il est toujours plus amusant (sinon reposant) de régner sur des millions d'individus plutôt que quelques dizaines (d'où l'interdiction du suicide dans diverses cités antiques, telle Massilia, parmi d'innombrables d'autres exemples).
Cette certitude de propriété de la vie de ses sujets s'exprime par toutes sortes de lois destinées, plus à tort qu'à raison, à protéger cette vie, telle l'obligation de mettre une ceinture d'esclave pour s'asseoir dans une automobile, l'interdiction de consommer certaines substances arbitrairement déclarées stupéfiantes, ou la condamnation au feu de l'ouvrage Suicide, mode d'emploi, qui contenait des conseils utiles pour quitter commodément ce monde, et échapper définitivement aux tentacules gluantes de ce foutu pays.

Bref, dans la société actuelle, c'est le Léviathan, et lui seul, qui s'est arrogé le droit de dire, très éventuellement..., quand et comment (attendrissante concession...) un être humain peut choisir de mourir plutôt que vivre.

L'affaire n'est pas nouvelle, elle a resurgi parce que l'on en discute en d'autres contrées, ou en raison de larmoyants documentaires télévisuels, ou pour le plaisir de faire papoter, et a pour charme essentiel d'être absolument insoluble dans les termes où elle est enfermée—c'est-à-dire de vouloir la résoudre par une loi.

Ce n'est en effet pas la même chose que le cas d'un M. DURANT, assez mal portant et fort âgé, mais capable de se plaindre d'intolérables souffrances et d'exprimer clairement son désir d'être piqué pour en finir (mais ces souffrances n'ont-elles pas annihilé sa volonté, son libre-arbitre?) et d'une Mme DUPONT, pardon Mme SEKKYYEH (égalité et diversité oblige) réduite à l'état de légume à la date de péremption dépassée, et dont l'arrosage (ou maintenance sous perfusion ) commence à peser à ses proches et obérer la cassette de nos gouvernants -- dans ce dernier cas, c'est un autrui qui recevrait le droit de l’envoyer dans les limbes, ce qui est, en fait, un meurtre (qui peut être légitime).

Bref, une solution serait d'autoriser chaque sujet à écrire, un jour de pleine conscience et de belle humeur, un document par lequel il autoriserait une personne de confiance dûment nommée à le tuer dans certains cas précis qui peuvent advenir (et dont l'énumération ne pourra jamais être exhaustive). Mais si la personne de confiance trahit la confiance (dans l'espoir d'un héritage, par exemple...)? Ou si ce sujet ne trouve quiconque à qui remettre son destin? Eh bien tant pis… de toute façon il est impossible de tout prévoir, tout régler –car ainsi va la vie, et la mort.

En tout cas je trouve absurde de vouloir légiférer sur tout. Il est impossible, tant les gens et les situations sont différents, de vouloir définir un standard du droit à mourir. Car ou placerait-on la limite? Qui aurait le droit de décider? Penchera-t-on pour la famille alors qu’elle n’a pas de compétences médicales? Ou le malade qui au moment où il exprimera son choix n’est pas en mesure de le faire de manière éclairée tant l’appel à la mort sera ressenti comme un appel à l’aide? Ce choix du malade, dont la conséquence est irréversible, sera-t-il constant dans le temps? Ou préférera-t-on laisser le choix au personnel soignant alors que le Léviathan les presse de plus en plus vers des choix économiques? Tiendra-t-on compte des perspectives de progrès qui laisseront entrevoir l’hypothèse de pouvoir soigner des maladies aujourd’hui réputées incurables? Tiendra-t-on compte des intérêts familiaux?

En fait, il est impossible de standardiser la mort assistée et c’est la raison pour laquelle je crois qu’il est urgent de ne pas légiférer sur ce sujet. Pour ma part, et ce à quoi je suis prioritairement intéressé, si je n'ai le bonheur de trépasser subitement, je sais que, malgré toute volonté que j'aurais pu exprimer librement, si je dois me trouver en triste état et livré aux médecins et fonctionnaires assortis, il en sera de faire en sorte de me garder ici quoi qu’il advienne car je pense aimer trop la vie, malgré mon amertume pour le pays, pour vouloir y renoncer.

2 commentaires:

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  2. Bien d'accord avec ce billet . Malheuresuement, légiférer en dce domaine permettra plus tard de se débarasser des "inutiles" : des vieux, des malades, des handicapés, des alcooliques, des drogués, des inaptes ou même pourquoi pas des réfractaires à la pensée unique.
    Citation de Jacques Attlai (qui fait froid dans le dos) :
    « Dès qu’il dépasse 60-65 ans l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis pour ma part en tant que socialiste contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures. »

    https://twitter.com/GuillaumeS06/statuses/415921500655718401

    @derLetzteKonsul
    médecin

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