lundi 23 décembre 2013

Un Soldat, un (président)



Parfois le regard se détourne des affaires du monde, par distraction, inadvertance, ou par une nécessité pressante de satisfaire à un besoin naturel, et pendant que nos yeux se sont posés ailleurs, que les efforts de notre esprit furent mobilisés vers un agir égoïstement individuel et non tendu vers la compassion, le partage et le vertueux souci d'un accroissement du vivre-ensemble, avec toujours plus d'ensemble et toujours moins de vivre, pendant ce funeste repli sur soi, combien et tant d'évènements au retentissement cosmique se déroulèrent!

Et alors que le sens du devoir nous ramène à la contemplation de l'océan tumultueux des nouvelles-qui-comptent se distinguent deux vagues roulant des abominations annonciatrices de malheurs terrifiants, d'apocalypses inédites et de copie pour les journaux.

Tremblant d'effroi et surmontant le haut-le-cœur accompagnant la découverte de redoutables ignominies, le chroniqueur a appris que... fut montrée sur tous les écrans devant lesquels se rassemble l'élite de l'humanité l'image d'un homme, un soldat de la bienfaisante troupe chargée d'apprendre à des peuplades exotiques les beautés du multiculturalisme et les principes de tolérance établis par John LOCKE, un combattant du Bien qui exhibait sur la manche de son uniforme de paix une sorte d'écusson où était inscrite une devise, qui fut celle des armées du Mal.

Un seul homme, une seule phrase, c'était assez pour que se mobilisassent les gardiens de la vertu, de la démocratie et de l'amour, et parmi ces sonneurs de tocsin se firent bruyamment entendre les membres d'un Parti jadis allié à ces mêmes armées du Mal, et dont le chef toujours vénéré avait déserté pour, réfugié au sein du Komintern, ne pas combattre les envahisseurs de sa terre natale.

Il fut un temps où les troupes d'élite entonnaient des chants de marche empruntés à l'ennemi d'hier, aux paroles parfois modifiées, parfois conservées, ces chants leur étaient venus de vaincus enrôlés dans la Légion étrangère, et les officiers qui, eux, avaient versé leur sang pour affronter la Bête immonde, n'hésitaient pas à en reprendre les hymnes, parce qu'ils étaient guerriers, exaltant des valeurs qui sont celles, universellement, des hommes qui combattent.

L'imprudent soldat devenu ce jour star-Facebook n'avait pas compris que certains mots, parce qu'ils furent employés soixante-dix ans auparavant par les fidèles d'une idéologie authentiquement criminelle mais totalement annihilée, sont désormais proscrits, et il n'est pas indifférent que ces mots qu'il n'est plus permis de prononcer, ni même de penser, soient honneur et fidélité.

Mais il y eut, en ce même temps que le chroniqueur fut négligent, un plus considérable cataclysme : le Président fit une plaisanterie. L'homme, on le sait, est d'humeur badine, et lorsqu'il doit s'occuper de l'inversion du sens d'une quelconque courbe (chômage, dette, analphabétisme, production industrielle, atteintes à la parité, revenu disponible de l'opulente Leonarda, et tout ce qui s'accroît ou s'effondre, mais ne fait que monter quand cela devrait descendre et descendre quand il fut annoncé que cela montait), hop! un coup d'œil dans les collections de Marius et du Hérisson, gazettes qui faisaient la joie des commis-voyageurs et disparues avec eux, et un bon mot, une saillie y sont puisés, et répétés, avec un sourire chargé d'une ironique supériorité, devant des auditoires que l'admiration rend muets.

Hélas, l'esprit présidentiel, (et ici esprit est employé dans le sens que M. le duc de SAINT SIMON parlait d'esprit Mortemart et M. PROUST d'esprit Guermantes) pourtant apte à résoudre, par la seule force d'un verbe primesautier, toutes les difficultés intérieures passées, présentes et à venir, a paru trop subtil pour être saisi, en toutes ses fines nuances, par une population étrangère, bien que nous lui ayons, autrefois, fait cadeau de notre langue.

Bref, cette population, qui loge en partie outre-Méditerranée et en partie dans les banlieuessensibles, se sentit vexée par l'humour présidentiel (et même d'autant plus outragée que la phrase fut dite devant les adeptes d'une religion autre), et exprima son mécontentement en des termes sévères, peu conciliants, et guère amènes pour le Président.

Sous cette volée de bois vert, un homme soucieux de son honneur eût répondu en faisant canonner les palais des insolents, mais nous avons vu que l'honneur a été aboli, par ailleurs, les troupes disponibles (et dans lesquelles, comble de malheur, se pavane un élément indésirable) s'affairent dans la partie noire du continent que conquit l'homme blanc, il ne restait plus au Président qu'à présenter des excuses, s'abîmer en regrets et se rouler dans la repentance.

Il se montra habile en cet exercice, mais les mots ne suffisent pas à guérir les blessures qu'infligèrent d'autres mots, et c'est en chemise, pieds nus et la corde au cou que le Président ira demain (cérémonie retransmise sur Arte et Youtube) implorer le pardon des Barbaresques, pendant que l'on déversera sur sa tête des seaux emplis de pipi de chamelle.

Et tout sera (enfin!) pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

(Amen)

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