lundi 2 décembre 2013

Vers une révolution en France? certainement pas...



De quoi demain sera-t-il fait?
Soucieux de résoudre ce petit mystère, et pensant sans doute que plonger dans le passé dévoile l'avenir, l'excellent Boulevard Voltaire a demandé à des essayistes et chroniqueurs: "Sommes-nous en 1968, 1958 ou 1788?".

Si M. Alain FINKELKRAUT n'a pas joué le jeu, en répondant un froidement réaliste: "Nous sommes en 2013" tuant tout suspense, je vais cependant m'y livrer, pour rappeler certaines réalités historiques méconnues, notamment d'un agitateur néo-bolchevik qui a déclaré hier que "nous sommes en 1788".

En mai 1968 se déroulèrent des manifestations étudiantes, jadis nommées monômes, provoquées par une brutale évolution des mœurs, surtout sexuelles, et des lectures hâtives d'idéologues aussi contestataires que confus; le Président eut l'étourderie de d'abord regarder ailleurs, il se reprit, et tout rentra dans l'ordre antérieur.

En mai 1958, en raison du drame algérien et du discrédit absolu où avaient sombré institutions et personnel politique, un coup d'Etat militaire entraîna un changement de régime (et, plus ou moins, de personnel).

En 1788, il apparut un blocage du pouvoir, dû à l'opposition systématique des parlementaires à toute tentative de réformes proclamées nécessaires par le souverain et ses ministres.

Ce sont là des situations fort différentes, aux suites encore plus dissemblables.

En 1968, politiquement, il ne se passa rien, socialement en revanche se mirent en place des mutations, plus destructrices que libératrices, dans l'enseignement, les arts et lettres et les conduites des hommes, mutations qui trouvent aujourd'hui leur pleine récompense.

En 1958, se remit en marche un pays affaibli, simplement parce qu'était revenue dans le cœur des hommes la confiance en l'avenir.

En 1788, il ne se passa qu'agitation verbale et brouillonnes gesticulations ministérielles, mais l'année suivante, en trois mois, furent détruites monarchie, institutions et société.

En ce qui concerne les gens qui agissent, il n'y avait guère, et même quasiment pas, de révolutionnaires en 1788, peu en 1958 et pléthore en 1968. Je n'en conclurai pas que l'absence de révolutionnaires favorise les révolutions et que leur présence les empêche.

Plutôt que considérer les années en huit (chiffre porte-bonheur pour les Chinois..), d'autres commentateurs à visées divinatrices préfèrent évoquer et invoquer la chute de l'Empire romain d'Occident (à cause de panem et circenses). Il me faut donc encore rappeler qu'il ne se produisit pas une telle chute pour l'excellente raison qu'il n'y eut jamais d'Empire romain d'Occident, mais un Empire unique gouverné par deux Empereurs, l'un siégeant à Rome (puis Ravenne), l'autre à Byzance. En 476, le barbare ODOACRE, officier de l'armée romaine, déposa l'Empereur Romulus AUGUSTULE, se fit proclamer roi, tout en reconnaissant l'autorité de l'Empereur de Byzance qui lui accorda en retour la dignité de patrice. Ce coup d'Etat fut le point d'orgue d'une longue dissolution politique, commencée plus de deux siècles auparavant, et dont les enseignements ne peuvent se situer que dans la longue durée...

Il serait tout aussi pertinent, pour prédire 2014..., de regarder la disparition de l'Empire des Gupta, en Inde, ou la dégénérescence de l'Empire Ottoman, ou encore, si l'on veut rester en ex-Gaule, de scruter deux révolutions négligées des actuelles pythonisses, celles de 1830 et 1848, où l'on vit des groupes sociaux (la grande, puis moyenne, bourgeoisie) intriguer pour s'emparer du pouvoir politique grâce à un changement de régime propre à satisfaire leurs ambitions.

1788, 1830 etc. (oublions la farce de mai 68), ce qui a fait qu'il y eut alors révolution fut qu'il y eut remplacement des institutions – j'ignore ce qui se passera demain et n'en ai même pas le soupçon, mais je ne vois nulle part aujourd'hui (à l'exception de groupuscules d'ultra-gauche peuplés de permanents syndicaux) d'hommes et de femmes réclamant l'abolition de l'actuel ordre politique, je n'entends que criailleries pour réclamer des privilèges ou des exemptions, et que cela soit accordé sans que par ailleurs rien ne change, sans que soit détruit ni même amendé le système qui a engendré ce que l'on peut nommer mécontentements, ou injustices, ou encore dysfonctionnements et même (en exagérant...) révoltes, sans que quiconque semble vouloir, plutôt qu'attaquer les effets, s'en prendre aux causes.

Oui, nous sommes en 2013, et seulement en 2013. Pour ce qui est de l'an prochain, il reste un mois à attendre (et sans doute un peu plus pour un bouleversement spectaculaire).

Ce pays est foutu.

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