mercredi 15 janvier 2014

La France des années 30


Cinq ans après le krach de Wall Street, l'économie française n'est toujours pas repartie. Incapable de dévaluer sa monnaie, ou de remettre en cause les avantages acquis des uns et des autres, en particulier la génération des retraités et pensionnés, qui a déjà subi de lourds sacrifices pour le bien du pays, le gouvernement a choisi une seule variable d'ajustement pour sortir de la crise. Il s'agit du chômage, et spécialement du chômage des jeunes. En deux ans, le nombre de chômeurs s'est accru de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dans ce contexte sombre resurgissent des fantômes du passé que l'on croyait enterrés une bonne fois pour toutes : la xénophobie et l'antisémitisme les plus primaires. La haine brute de l'autre, pour sa religion, sa culture ou la couleur de sa peau. Les lois liberticides se multiplient. L'extrême gauche et l'extrême droite se sentent pousser des ailes, encouragées par un pouvoir affaibli par les scandales à répétition.

Inquiétante coagulation : les partisans de l'ordre républicain, ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas, se sentent humiliés par un gouvernement radical-socialiste qui les méprise. Le dernier scandale, le scandale de trop, met le feu aux poudres. Dans moins de trois semaines, des dizaines de milliers de manifestants déterminés et parfois armés iront converger au coeur de la capitale. On se battra toute la nuit contre les forces de l'ordre, à un jet de pierre du coeur du pouvoir politique français. Au petit matin, on comptera des dizaines de morts et des centaines de blessés. La démocratie française n'aura plus que quelques années à vivre.

Cette chronique n'est pas celle d'événements imaginaires ou à venir, mais qui se sont produits voici exactement quatre-vingts ans. Le 6 février 1934, dans le contexte économique et financier décrit plus haut, et après une série de scandales politico-financiers, 30.000 personnes marchèrent aux abords du Palais Bourbon. Le gouvernement Daladier, issu du second Cartel des gauches, décida d'envoyer la troupe. Quinze morts et plus de 2.000 blessés plus tard, la République française avait« gagné », pour reprendre une expression entendue la semaine dernière. Elle avait gagné un sursis.

1934-2014, même combat ? La multiplication des affaires politico-financières est troublante. Le gouvernement actuel, toujours pas remanié, est soutenu par une majorité parlementaire aussi artificielle que celle du Cartel des gauches. Le niveau du chômage est dix fois plus élevé qu'en 1934. Contrairement à cette période, la plupart des pays d'Europe sont sortis de la crise, renouent avec la croissance et la création d'emplois, laissant la France dans son exception - et dans son impasse.

Comment faire pour endiguer en 2014 la marée montante d'antiparlementarisme, de xénophobie et de révélations de scandales financiers et privés perçus comme autant d'insultes par une population active sous la triple pression du chômage ou de la peur du chômage, de l'impôt excessif et croissant, enfin d'un sentiment d'insécurité galopante?

Le gouvernement actuel a choisi une voie bien hasardeuse depuis quelques mois : celle de la fermeture et de la répression tous azimuts : financière (hausses d'impôts sans fin), politique (peut-on citer une seule nomination « d'ouverture » dans l'appareil d'Etat aujourd'hui ?), morale (loi anti-prostitution, notamment). Courant derrière l'actualité rance d'une société qui se replie sur elle-même, les quatre pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire et médiatique) multiplient les restrictions à la liberté d'entreprendre, de religion, d'expression et de réunion, et les atteintes à la vie privée. Voir à ce sujet, plus que « Closer » ou l'arrêt Dieudonné, les dispositions de la future loi de programmation militaire autorisant l'Etat français à collecter sans limite les données numériques des citoyens français.

On proposera ici une autre voie, pour inverser cette dynamique de régression démocratique, économique et sociale : redonner de l'air, de l'espoir et des perspectives à une société française qui croule sous le poids de réglementations envahissantes et liberticides. Le poids d'une puissance publique aussi excessive qu'impuissante dans le domaine économique et social. Le poids d'une classe politico-administrative pléthorique, dispendieuse et bien peu efficace, à l'abri derrière ses statuts.

Donner aux nouvelles générations une perspective autre que celle actuellement proposée : de faux emplois d'avenir, du RSA ou des conseils pour partir travailler à l'étranger. Eradiquer, partout où cela est possible, les statuts, rentes et prébendes qui étouffent la création d'emplois, la créativité et l'esprit d'initiative en France. Le dernier exemple en date étant celui, pathétique, de la grève - à l'appel de cinq syndicats - des taxis parisiens, ce monopole d'un autre âge n'hésitant pas à recourir à la violence pour empêcher de faire émerger une concurrence saine et nécessaire dans une ville bloquée.

Le moment de l'action politique courageuse, au risque de la confrontation assumée, est donc venu pour le président Hollande. A l'inverse, faire le choix de la procrastination, de la ruse bavarde, des petits calculs d'arrière-cuisine IIIRépublique, c'est en réalité faire le choix, quatre-vingts ans après, de la possibilité d'un 6 février 1934. Nous méritons mieux qu'un coup d'Etat : une politique économique et sociale qui fasse enfin le pari de la liberté, des nouvelles générations, et d'un pays qui se rouvre au monde et à l'idée de progrès.

1 commentaire:

  1. Un texte qui fait froid dans le dos mais oh combien d'actualité...

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