mercredi 15 janvier 2014

Le virage vintage et le slip du Président

Satisfait de toujours disposer d'un scooter avec chauffeur pour, lorsque le rut le prend, parcourir les trente mètres séparant son palais du nid d'amour où l'attend l'élue de son slip, le Président entreprit de convoquer ses fidèles et pensionnés gens de médias afin de leur tenir un discours.
Cela m'a toujours ravi, dans les films historiques chinois ou coréens, le spectacle de l'Empereur siégeant sur son trône face à une sorte de houle, assez calme, formée par les dos des dignitaires prosternés à plat ventre puis, sur un signe de leur maître, s'éloignant à reculons en une lente reptation.
N'ayant eu le temps d'allumer la télé, je n'ai pas vu cette audience présidentielle, et ne sais quelle posture physique adoptèrent les courtisans de presse, mais reculer à plat ventre sans heurter des voisins occupés du même mouvement délicat, ni se renverser comme une tortue, est un exercice subtil, qui demande un long entraînement ainsi que la maîtrise du kug fu et peut-être les fiers investigateurs en furent-ils dispensés.
Donc, je n'ai pas vu l'affaire, ni entendue, ni même n'en ai lu un récit détaillé, mais j'en ai (merci smartphone!) survolé la substantifique moelle.
Il en ressort que le Président a pris un virage ce que certains commentateurs approuvent, avec des réserves, tandis que d'autres désapprouvent, avec des nuances. Ce virage est, si j'ose dire, fait de promesses.
Longtemps persuadé, selon l'exemple du Gouvernemaman, que pour créer des emplois, il suffit de le décider, le Président aurait dernièrement ouï que, pour qui ne dispose pas des revenus de l'impôt, la création d'emplois a quelque rapport avec d'obscures affaires de rentabilité et ainsi muni d'une teinture du savoir possédé par le plus humble entrepreneur, le Président a annoncé, sans le formuler aussi crûment, qu'il allait diminuer le coût du travail salarié.
Pour ce faire, il y aura un allègement de la part des salaires absorbée par divers impôts (ce que les farceurs nomment "cotisations patronales") allègement octroyé (dans un avenir incertain) grâce à divers marchandages dont l'obscure complexité réjouit déjà les plantureux services juridiques et financiers de ces grosses entreprises dont les dirigeants, le plus souvent fonctionnaires issus de cabinets ministériels, partagent leur temps entre réunions de concertation (avec petits-fours) et chasse aux décorations.
Afin de financer l'hypothétique allègement, chiffré par un astrologue ami à un certain nombre de milliards, le Président a ensuite promis de diminuer ses dépenses, et fort logiquement promis (cette promesse, elle, sera tenue) de dépenser pour créer un Comité et un Observatoire chargés de veiller sur des orientations et surveiller des stratégies (ou vice-versa, est également passé dans le discours présidentiel un axe anglicisme?— qui demandera des gardiens).
Ces comité et observatoire s'ajouteront aux centaines de comités et observatoires existant déjà, et n'oublions pas les Hautes-Autorités, où l'Etat enfourne de somnolentes crapules et des imbéciles décatis, maîtresses hors d'usage, amants flasques, ennemis domestiqués ou complices dans le besoin, que les laquais de médias nomment sages pour faire rire les petits enfants.
Oui, le Président a pris un virage.
A 360°.
Ce pays est foutu.

2 commentaires:

  1. Un compte-rendu qui fait bien le tour de la situation:-)

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  2. Résumé très éloquent. Tout à fait le sentiment en tout cas que j'en ai retiré en lisant les analyses très complaisantes et creuses, ici ou là dans les médias sur les nouvelles promesses et le prétendu "virage libéral" du gars. Comme vous, je n'ai pas jugé nécessaire de suivre cet exercice de style soporifique et totalement sous contrôle. Un commentateur étranger ( américain je crois) a trouvé le mot juste en écrivant que "le seul moment fort, fut lorsque le Président annonça que la conférence était terminée..."
    Bien à vous.

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