vendredi 14 février 2014

Réseau social, identité sexuelle: l'escargot est-il une solution?



C'était bien embêtant.

Jusqu'ici, les petits enfants et vieillards cacochymes qui se donnaient à peu de frais le sentiment d'enfin exister en se composant un profil sur la merveille sociale FB, c'est-à-dire en cliquant sur des options, n'avaient, pour révéler leur sexe à la terre entière et quelques aliens venant d’autres galaxies que le vieux choix binaire entre « homme » et « femme », alternative, on en conviendra, passéiste, obscurantiste et digne des plus cruels jours de l'Inquisition lorsque Bernard GUI galopait en carosse dans les campagnes de Provence.

Toujours attentifs à se placer à l'avant des avancées (sociétales) plutôt que se trouver à l'arrière du train du progrès compassionnel, ce qui les mettrait à l'avant de rétrogrades résidus, bref, soucieux de ne pas s'exposer aux moindres critiques, plaintes, récriminations (et actions en justice ) du plus petit, mais bruyant, groupe minoritaire et privilégié, les dirigeants de FB ont décidé de réagir contre cette insupportable violence sexiste, et ont – il était temps – créé deux nouvelles options nommées « transsexuel » et « intersexuel ». Pourquoi ces vocables plutôt que « hermaphrodite » ou « androgyne », je ne sais point, peut-être est-ce réservé pour une ultérieure annonce, peut-être ces vieux mots ont-ils été jugés coupables de dégager des relents d'un passé à abolir, peut-être enfin, et plus probablement, parce qu'ils sont ignorés des démiurges messianiques de l'internet 2.0.

Je devine mal ce qui sépare le trans de l'inter, il se peut que le premier se promène à travers les sexes, et le second entre, subtile différence, il faudrait aller y voir de près, et observer quelques usages copulatoires.

La résolution d'une difficulté peut entraîner des conséquences, et la sortie des catégories homme et femme (ni hommes, ni femmes, tous Auvergnats, proclamait-on jadis à SAINT FLOUR, peut-être est-ce hors sujet) doit logiquement éliminer l'utilisation du « il » (he) et du « elle » (she), qui seront donc remplacés par le plus consensuel « it ».

It est neutre (très bien), selon les dictionnaires de langue anglaise ce qui signifie que ce pronom désigne autant « il » que « elle » (parfait) et qu’on peut, par exemple, l'appliquer à un enfant dont le sexe est inconnu (en raison non d'une particularité anatomique, mais du contexte du discours), pour le reste, il convient essentiellement aux choses, ce qui est plus ennuyeux, car contenant une menace de négation de l'humanité du « trans » et de « l'inter ».

Plus grave, le geste bienveillant de FB ne s'applique encore qu'à ses sites anglophones, mais il est prévu, et promis, que les ni homme, ni femme de tous pays pourront bientôt bénéficier de la même attention en leur langue, on peut donc supposer que demain les vaillants informaticiens, financiers et communicants de FB  vont découvrir que certaines langues ignorent le neutre, comme c'est le cas de la langue française, qui ne pourrait, en l'occurrence, traduire « it » que par « cela » ou « ça ». C'est ce qui s'appelle tomber de Charybde en Scylla.

A moins que ne soit adoptée la solution élégante consistant à remplacer ces « il » ou « elle » par un pictogramme, lequel devrait, cela va de soi, se garder de reprendre des stéréotypes « genderisés » tels la jupe ou le pantalon, les cheveux longs ou la coiffure en brosse, je suggère donc l'hermaphrodite escargot.

Bref, débile. Cette civilisation est foutue.

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