jeudi 13 mars 2014

Les comiques d'Etat


Il arrive que les salariés d'une quelconque agence du Léviathan se livrent à une activité illégale et soient, à la suite d'une étourderie ou d'une rivalité entre services, pris la main dans le sac.

Dans les heures qui suivent, la grande Fraise des Bois et ses commis s'en vont dans les studios de télévision pour clamer haut et fort qu'ils n'étaient pas au courant, qu'il ne s'agit que d'initiatives individuelles malencontreuses, puis ils annoncent qu'a été muté en Terre Adélie l'indigne coupable (qui agissait à l'insu de sa hiérarchie) – un sous-chef de service ou un planton dépourvu de relations.

Les partisans du Mou se réjouissent que toute la lumière ait été faite sur la faute de louches subalternes, les opposants ricanent, puis arrive un événement plus important (histoires de joueurs de ballons, chagrins d'amour de starlettes, manifestations au Zimbabwe...) et l'affaire disparaît paisiblement des médias et des conversations au bistro du coin – son souvenir même s'est effacé.

C'est une toute autre comédie que nous jouent aujourd'hui les plus hautes autorités de l'Etat.

  Rappelons les faits.

Une faute de frappe d'une sémillante stagiaire fit apparaître sur le smartphone d'un journaliste d'investigation  divers documents destinés à une officine ministérielle, et le peuple souverain (qui lit les journaux, écoute la radio, regarde la télé, bavarde avec sa concierge) apprit bientôt qu'un ancien Président avait été espionné avec une rare ardeur par une multitude d'argousins et de magistrats, qui avaient mis sur écoute ses téléphones, ainsi que ceux de son avocat, de son coiffeur, et d'un vieil oncle alzhémérien.

Dans les heures qui suivirent, une nuée de jurisconsultes salariés de M. Etat et d'éditorialistes de gazettes subventionnées, démontrèrent, en citant lois, décrets, réglements, codes de procédure, jurisprudences et bulles papales, que ces écoutes étaient rigoureusement légales, et même nécessaires à l'exact exercice d'une saine justice. Autrement dit, les espions avaient agi en respectant la légalité, et les plus sacrées valeurs républicaines.

De cet espionnage, il semble très-normal qu'en aient été informés les chefs des poseurs de micros et autres bidules électroniques, parce qu'il est du devoir d'un chef de savoir ce que font ses subordonnés, sans même évoquer cette humaine curiosité qui fait de toute découverte de secrets d'autrui un délicieux plaisir, plaisir qui, en l'occurrence, avait le mérite (je dois le répéter) d'être parfaitement conforme à toutes les lois passées, présentes et futures.

Ici, le plus rigoureux critique considérera que nul crime, délit ou contravention n'a été commis, et que nul reproche ne peut être fait aux plus hautes autorités. Mais... coup de théâtre!

Descendant de l'Olympe où les ont placés le suffrage universel, la chance et leur cupidité, le chef des policiers et la chefesse des magistrats se sont précipités devant micros et caméras pour jurer leurs grands dieux (croix de bois, croix de fer, si je mens...) qu'ils ne savaient rien, n'étaient pas informés et ignoraient tout des légales et légitimes actions de leurs employés, le Président lui-même laissant entendre par des sources autorisées que ... de minimis non curat praetor.

Pour l'anecdote, relevons que la dame chefesse a brandi à l'appui de ses dénégations une liasse de documents prouvant exactement le contraire de ses dires – vengeance d'un conseiller humilié, ou volonté délibérée de faire rire un peuple maussade, je ne trancherai pas.

Longtemps, les politologues débattront, les uns verront dans l'attitude de Choupinet et de ses commis l'une de ces gaffes qui, comme l'invite à Léonarda ou les échanges de concubines, naissent du stress provoqué par de lourdes charges, d'autres soupçonneront une très-subtile manœuvre à trois bandes dont la finalité est réservée aux initiés, certains penseront que si fut naguère interdit certain spectacle comique, ce ne fut que pour éliminer la  concurrence.

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