lundi 7 avril 2014

Oui à l'égalité



Nombreux sont ceux qui, en France, se glorifient de promouvoir l’égalité et lutter contre les préjugés. Plus rares sont ceux qui ont les idées assez claires pour le faire efficacement. Pour les y aider, voici quelques utiles rappels.

Du fronton de nos mairies aux documents les plus officiels, difficile de ne pas connaître la devise française: Liberté, Égalité, Fraternité. Mais il semblerait que son sens donne lieu à diverses interprétations. La liberté, d’expression par exemple, est régulièrement piétinée; l’égalité est comprise selon ce qui arrange le plus les élites du moment; et la fraternité, on la cherche encore.

Des trois, seule l’égalité peut être décrétée, à condition qu’on parle de la seule égalité qui ait un sens: l’égalité des droits. On ne peut que protéger la liberté en y attentant pas par la loi, et la fraternité ne peut que survenir si les citoyens le souhaitent et que la situation s’y prête. Contrairement à ce qui a été fait depuis des décennies, où un marxisme à la française règne en maître dans la politique et les médias, je propose qu’on décrète, pour de vrai, l’égalité; qu’on lutte, pour de vrai, contre les inégalités.

Supprimons les inégalités fiscales. C’est la règle: en France, toute règle doit admettre des exceptions. Faisons y une exception; supprimons les niches, abattements, exemptions dont bénéficient certaines catégories influentes de la population. Les élus ne paient pas autant d’impôts, et n’ont pas à justifier leurs notes de frais. Les journalistes bénéficient d’un abattement fiscal de plusieurs milliers d’euros. Les parlementaires européens paient à peu près autant d’impôts que les évadés fiscaux, alors qu’ils sont payés par l’argent du contribuable. Supprimons toutes ces inégalités devant l’impôt; que plus personne ne bénéficie d’exceptions légales.

Supprimons les inégalités judiciaires. On ne compte plus les hommes politiques qui trempent dans des affaires, mouillés jusqu’au cou ou plus modestement éclaboussés par des affaires de mœurs, de corruption, de détournements de fonds, de financements illicites, de favoritisme, de clientélisme… Malgré leurs promesses sans cesse renouvelées d’exemplarité et de moralisation de la vie politique. Il n’y a aucune raison que les élus, censés être exemplaires, bénéficient d’une quelconque immunité, au contraire. Rendons enfin la justice aveugle au statut et au carnet d’adresses des justiciables.

Supprimons les inégalités sociales. Alors que les gouvernements successifs ne parviennent pas (n’essaient pas?) à réduire les déficits pour contenir l’endettement, la multiplicité des statuts complique inutilement toute réforme. Les règles de calcul de la rémunération des fonctionnaires sont si multiples et complexes (et la coopération des fonctionnaires parfois si difficile à obtenir) que l’État ne parvient pas à se doter d’un logiciel pour informatiser sous un système unique leur paie. Les fonctionnaires bénéficient de régimes de retraite spécifiques et plus avantageux, et ne subissent en cas de maladie aucun jour de carence à l’inverse des salariés du privé. L’expérience avait pourtant démontré que l’apparition d’un seul petit jour de carence dans la fonction publique supprimait de nombreuses absences et permettait de substantielles économies. Supprimons les privilèges et apaisons notre société divisée par tant de clivages.

Il y a, comme on le voit, beaucoup à faire en matière de suppression des inégalités en France; aucun gouvernement ni parti politique ne fait pourtant des quelques points mentionnés plus haut des points saillants de son programme. Ce n’est pas tout; il convient aussi de lutter contre certains préjugés qui entravent la compréhension du monde par beaucoup de Français et leur font prendre de mauvaises décisions.

Personne n’a imposé Amazon et Google. On peut accuser des élites de l’époque pour la ratification du traité de Maastricht ou la signature d’accords de libre-échange; le marché est et sera toujours le meilleur mode d’allocation des ressources. Si Google a un tel succès, c’est parce que les consommateurs le plébiscitent; les organes de presse qui dénonçaient son hégémonie pourraient aussi bien ne pas demander à être référencé par lui. Mais ils perdraient de leur propre aveu une partie importante de leur trafic; en d’autres termes, Google leur apporte un trafic important. Ne nous laissons pas berner par les nombreux dirigeants d’entreprise qui n’ont pas su évoluer avec leur temps; si nous les avions toujours écoutés, nous nous éclairerions encore à la bougie et nous déplacerions à cheval. N’acceptons pas le protectionnisme, le corporatisme et le racket organisé.

Nos dirigeants ont beau prétendre apporter la paix, la démocratie et la liberté en renversant des régimes dictatoriaux, ils n’ont jusqu’à présent su faire la preuve que de leur capacité à tuer des civils, acheter des drones et s’enfoncer dans des guerres civiles. Non, tous les dirigeants de la planète ne sont pas de grands démocrates, ni très soucieux du bien-être de leur peuple. Mais les nôtres le sont-ils vraiment? 

S’accrocher à des privilèges ne nous sauvera pas du naufrage. Oui, les chauffeurs de taxi ont acheté une licence, parfois au prix fort. Mais c’est la faute de l’État qui la leur a imposée, pas de tous ceux qui souhaitent aujourd’hui proposer des alternatives au taxi. C’est la médecine socialisée et placée sous la coupe de l’État qui est un problème, pas la « soumission à une logique de rentabilité » dont aucune activité humaine n’est dispensée: nous disposons de ressources limitées et devons les allouer avec discernement. Une profession dont les tarifs sont fixés par l’État, le numerus clausus aussi, et où tout acte est règlementé n’a rien de « libérale ». Il est facile pour chacun de dénoncer les privilèges des autres et de justifier les siens; la vérité, c’est qu’aucun n’est justifié. Supprimons les.

Personne ne peut forcer tous les citoyens à être amis, mais nous n’avons pas à être ennemis. En imposant des interactions et une organisation sociale données, l’État pense apaiser la société mais la rend conflictuelle; ce qui devrait relever du choix librement consenti est imposé aux citoyens qui ne sont alors plus volontairement charitables, mais contraints d’être solidaires; plus naturellement responsables, mais infantilisés; plus consommateurs rationnels, mais usagers mécontents. Nous devons reconstruire les liens que l’État a brisés pour s’imposer à leur place. Et nous devons commencer maintenant. Nous sommes les citoyens ; à nous de supprimer les inégalités et lutter contre les vrais préjugés. Nos dirigeants semblent résolus à ne rien résoudre; s’ils veulent être le problème, soyons la solution.

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