mardi 7 octobre 2014

La GPA est tout sauf un retour à l’esclavage


Malgré le retournement de Valls au sujet de la GPA, tout ce que la France d’aujourd’hui comporte d’anti-GPA s'est retrouvé dans la rue ce week-end pour manifester contre une loi imaginaire.

Il faut bien le rappeler: en France la Gestation Pour Autrui, qui consiste à faire « porter » un enfant par une autre femme, l’ovule provenant le plus souvent de la future mère et étant fécondé par le futur père, mais pouvant aussi venir d’une donneuse anonyme ou de la mère biologique, a toujours été interdite en France et l’est toujours. Le dernier arrêt de la CEDH qui a tant scandalisé les membres de la Manif’ Pour Tous ne fait qu’interdire au droit français de refuser une nationalité ou une adoption du fait du mode de conception de l’enfant à l’étranger, sans aucunement obliger à la légalisation de la GPA.

Dans cette lutte anti-GPA, les conservateurs de la droite catholique sont alliés avec les marxistes pour qui l’échange marchand qu’implique la GPA est un scandale. Alors quels sont les arguments déployés par cette alliance peu commune ?

L’erreur fondamentale dans ces arguments est bien visible: ce n’est pas le bébé qu’on achète mais le ventre de la femme qu’on loue en vue de permettre la naissance d’un enfant, et rien d’autre. On ne met pas un prix sur l’enfant, on met un prix sur la location du ventre de la femme qui consent à porter l’enfant, étant donné la gêne occasionnée. Personne n’a dit qu’un enfant avait un prix, « un enfant ça n’a pas de prix » est donc un argument homme de paille. Acheter une personne n’est plus possible depuis l’abolition de l’esclavage, depuis 1848, et tant mieux. Confondre la GPA avec une forme d’esclavagisme de l’enfant ou de la femme c’est assimiler deux choses qui n’ont strictement rien à voir.

De même, personne n’a dit que la femme était une machine à bébé: autoriser une femme qui le souhaite à louer son ventre pour un autre couple n’est absolument pas équivalent à dire que « une femme est une machine à bébé ». Chaque femme est libre de faire ses choix, de mener la vie qu’elle souhaite, et personne ne doit forcer une femme qui ne le souhaite pas à porter l’enfant d’un autre couple.

C’est nier la dignité et l’autonomie d’une femme que de lui refuser le droit de disposer de son corps comme elle le souhaite. Si une femme veut porter l’enfant d’un autre couple, le choix doit lui revenir. Les féministes qui revendiquent le fameux « mon corps mon choix » devraient être les premières à défendre cette liberté.

Concernant le « Parce que l’exploitation de la femme est intolérable », oui, l’exploitation de la femme est intolérable. Comme expliqué ci-dessus, refuser à la femme le droit de disposer de son corps librement c’est une forme odieuse d’exploitation et de contrôle. Quoi, est-ce la présence d’un échange marchand qui fait qu’il y a exploitation? Cela sous-entendrait que la femme n’est pas capable de faire des choix par elle-même? la société doit faire ce choix pour elle, ignorante et irresponsable qu’elle est. Une femme est dans le besoin, porter l’enfant d’un autre couple lui permettrait de vivre confortablement pendant quelques temps et de la sortir de la misère? Non, ce choix lui est retiré car elle n’est pas apte à le faire.
« Because to take away a man’s freedom of choice, even his freedom to make the wrong choice, is to manipulate him as though he were a puppet and not a person. »― Madeleine L’Engle
Mais acceptons pendant un instant cet argument de l’exploitation issue de l’échange monétaire. On pourrait, comme Élisabeth BADINTER le propose, mettre en place toutes sortes de règles afin d’éviter qu’une femme désespérée fasse un choix qu’elle regrettera. On pourrait même ne légaliser que la GPA altruiste, sans échange monétaire.
« Parce que l’enfant n’est pas un objet »
Les membres de la Manif’ Pour Tous excellent dans l’art de l’Homme de Paille, ici de nouveau présent. Personne ne clame que les enfants sont des objets, et permettre à une femme de porter l’enfant d’un autre couple ne revient en rien à dire que l’enfant est un objet. C’est permettre à une femme de disposer librement de son corps tout en offrant une solution pour un couple de fonder une famille : où est ici l’objectification?
« Parce que tous les enfants ont besoin d’un père et d’une mère »
Il reste aux membres de la Manif’ Pour Tous à démontrer qu’il existe un danger réel et scientifiquement prouvé pour un enfant dans le fait d’avoir autre chose que des parents sur le modèle « un homme, une femme ». Mais acceptons cet argument : on pourrait ne légaliser la GPA que pour les couples homme-femme.

De nombreux libéraux rejoignent cette cause anti-GPA/PMA au nom de la lutte contre le faux « droit à l’enfant ». Mais légaliser la GPA ne revient en rien à garantir un « droit à l’enfant » : un « droit à l’enfant » supposerait que si un couple voulait un enfant, l’État serait obligé de leur en fournir. On pourrait forcer des femmes à porter l’enfant d’un autre couple parce que ce couple possède un « droit à l’enfant », ce qui révulserait tout le monde, à juste titre. Or il y a un monde de différence entre permettre aux femmes consentantes de porter l’enfant d’un autre couple via un arrangement contractuel, et forcer cette même femme à porter l’enfant d’un autre couple au nom d’un supposé « droit à l’enfant ».

Libéraux et féministes devraient s’allier dans cette cause juste. Pour les féministes, l’interdiction de la GPA devrait être révoltante et intolérable car il ne s’agit que d’une autre manière de contrôler le corps des femmes. Pour les libéraux, cette même interdiction devrait être dénoncée au nom de la longue tradition intellectuelle qui a visé à reconnaître à l’Homme le droit de disposer de son corps. Les libéraux conservateurs devraient aussi rejoindre la cause car le droit de disposer de son corps ici ne rentre pas en conflit avec le droit à la vie, comme dans le débat sur l’avortement : ici au contraire, il s’agit de permettre des naissances, non d’y mettre fin.

Amis de la droite catholique et des musulmans conservateurs, vous aussi devriez être les défenseurs de ce formidable progrès technique qu’est la GPA. Vous ne me croyez pas? Lisez cette belle histoire, cela vous évitera de descendre inutilement dans la rue, qui plus est quand c’est pour combattre une réforme fantôme.

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