mardi 9 décembre 2014

Une fable: Le Paon et le Canard


A prétendre défendre les sans-dents sans en aimer l’indigence, dans l’eau du Narcisse, un paon un jour se noya. 

Le Paon Thierry, du noble volatile dont il partageait le blaze, semblait pareillement goûter les luxes délicats et l’apparat scintillant. 

S’en vint sur son chemin un volatile de moindre classe, un Canard se disant enchaîné, qui en ses plumes admirables se mit à lui chercher des puces.

Dûment renseigné, d’évidence, par des pies internes à la Centrale le Paon et le Canard du phasianidé contestable, l’investiguant palmé du mercredi éleva en ses chapeaux quelques lièvres fameux, qu’il lança à la poursuite de l’orgueilleux emplumé. 

On causa ainsi à plein bec d’une opulente demeure, entre château et bois, en ce Vincennes connu pour l’embastillement animal, où le Paon, pourtant, profitait de libertés trop grandes.

Refait de neuf, pour la folle équivalence d’une bonne centaine de Smic, l’appartement fautif insultait le cotisant comme il atterrait le gréviste. 

Ces compères de cortèges, humbles et obéissants, avaient pour unique habitude d’honnir patrons et dirigeants. Mais du Paon régnant, qui pour sa seule jouissance avait détourné leur dîme, désormais ils se sentaient les cocufiés pigeons.

Immense fut la stupeur, dans les cantines blafardes, devant un mets modeste, ou aux pauses syndicales laborieusement acquises, lorsqu’on sut que le Paon, pour amortir ses vents, aux textiles ouvriers leur préférait la soie. 

Tel besogneux ou paysan, aux illusions depuis lustres entaillées, eut ainsi à boire jusqu’à la lie l’aigre lait qui ne manquait pas de déborder d’une aussi belle casserole.

Ci-gisait la CGT, lisait-on vers la Droite, écrasée qu’elle était sous les marbres bourgeois et les matériaux rares, et de partout on moquait le parvenu en place, qui d’avoir trop fait la roue partirait la queue basse. 

Puis l’espiègle Canard, grisé par son effet, revint l’autre semaine coin-coincer à nouveau l’élégant dépensier, histoire d’en achever les maigres et pâles défenses. 

Cette fois c’est un bureau, richement décoré au profit du leader, qui nourrissait la chronique, à croire qu’après Thibault qui en laissa le siège c’était une Damidot qu’en l’élu sommeillait.

La parqueterie de luxe, valant salaire d’un semestre de petits adhérents, enflammait notamment les réseaux et les ondes, l’épaisseur du délit méritant piétinement. 

La cancane déchaînée parlait de “sur mesure”, et par là tel grand genre semblait démesuré. Hurlant à le démettre d’aussi coûteuses fonctions, ils s’en trouvaient nombreux à vouloir son plumage, y compris dans son pré où l’amour n’était plus. 

Le Paon n’entendait point, tout au moins le feignait, ces voix fort courroucées, venues de tous côtés, qui par l’heureux présage d’un ravalement de luxe, se heurtaient en murmures aux portes capitonnées. 

Le Canard, quant à lui, continuait sa route, à traquer les tartufes qui toujours le craignaient.

La morale de cette histoire, c’est que nulle part il n’y en a.

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