vendredi 15 mai 2015

Réforme des Collèges: Pargere subjectis et debellare superbos


Ah mais c’est tout de même fort de café, ça non mais dites des fois un peu ! Puisque Najat vous dit qu’il va y avoir une réforme des Collèges qui dépote du géranium, c’est bien qu’il va y avoir cette réforme, non mais allo quoi! C’est pourquoi, à l’occasion d’un entretien dans le JDD, elle a assez clairement expliqué que ceux qui s’y opposaient étaient des imbéciles (et toc, dans les dents) et qu’en réalité, le problème, c’est la passivité (et paf, dans le lard). Ben oui.
Vous le savez : l’actuelle excuse au ministère de l’Éducation Nationale s’est mis dans la tête de réformer la façon dont on déstructurait le savoir au Collège pour le déstructurer encore un peu plus.
Les élites, les parents d’élèves, les élèves, les professeurs et une part croissante des élus se sont assez vite rendus compte qu’on sabotait les dernières parcelles d’enseignement au Collège, et la grogne n’a donc cessé, assez logiquement, de s’amplifier. Et toujours aussi logiquement, la ministre s’est mise à trépigner vigoureusement, d’abord en distribuant de l’anathème à ceux qui osaient critiquer sa belle réforme (certains en prirent ombrage, à raison d’ailleurs), puis en tentant l’échappatoire « Mais non, vous avez mal lu et des gens font rien qu’à bobarder », dont la pertinence et le bénéfice communicationnel laissent songeur.
Il faut dire qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuillère. Après avoir raillé les pseudo-intellectuels, et s’être pris une volée de bois vert dans la presse, elle réitère pourtant avec toujours le même argument du « Z’avez rien lu, bande de moules » :
J’ai trop de respect pour les intellectuels pour admettre que certains d’entre eux puissent ainsi, au mépris de toute rigueur, commenter des textes et des projets sur la base de on-dit et sans avoir pris la peine d’y jeter un regard.
Sauf que les remarques formulées sont assez bien étayéesbien documentées, et pas toujours issues de quidams inconnus. Et comme la ministre sait que cette tactique ne durera qu’un temps, elle en appelle aux habituelles momies socialistes qu’elle époussette rapidement pour les exhiber vigoureusement :
À chaque réforme scolaire, les esprits s’échauffent. Rappelez-vous Jules Ferry rendant l’école publique obligatoire, Jean Zay prolongeant l’âge de cette obligation ou René Haby instaurant le collège unique…
Kof kof kof, oh là là, ce gros nuage de poussières méphitiques m’empêche un instant de respirer.
Kof.
kof.
kof.
Ah oui, vraiment, l’école de Jules FERRY, si bonne et si nécessaire qu’il a fallu la rendre obligatoire (les socialistes aiment toujours les idées si géniales qu’il faut les imposer). Et le collège unique de HABY, idée si géniale qu’elle ne fut copiée nulle part ailleurs, que voilà une franche réussite du nivellement par le bas !
Et en attendant que la poussière des vieux épouvantails de gauche retombe, Najat en profite pour expliquer que sa réforme va, en cadeau bonus, se concentrer sur l’accompagnement des élèves histoire de les sortir de la léthargie pardon la passivité dans laquelle un enseignement trop complexe les plonge à l’arrivée au Collège :
Le problème, c’est la passivité de nombreux élèves dans le collège (…) Beaucoup d’entre eux, malgré les efforts inlassables des professeurs, ne participent quasiment jamais.
Eh oui, décidément, le problème, c’est que ces petit mammifères mous qui viennent en cours deviennent rapidement incapables de lever le doigt pour poser des questions, pardi ! Et la seule explication valable, c’est que les cours sont mortels comme un jour de pluie à Dunkerque. Non, vraiment, cela n’a aucun rapport avec la fragmentation permanente des cours et des matières en petites bouchées rigolotes à avaler. Cela n’a rien à voir avec la multiplication des matières périphériques aux savoirs en relation lointaine avec l’informatique amusante, la poterie, l’expression corporelle, le bricolage, le coloriage, le découpage, le collage, les visites « éducatives », les séances de cinéma, de théâtre, la musique, le sport, les activités sociales bouillonnantes, auxquelles on ajoutera les journées de grève, d’absence pour maladie, pour remplacement, pour accident, les ponts ou les horaires variables. Cela n’a rien à voir avec la diminution effective du nombre d’heures par matière de base (français, mathématique, sciences, histoire, géographie) et l’augmentation stratosphérique de tout le reste. Non. Rien à voir. Si l’élève s’ennuie, c’est parce qu’il n’y a pas assez de fun dans son enseignement.
Il y a 40 ans et plus, il y avait moins de rejet de l’école de la part des élèves et des parents. Ces derniers n’étaient pas impliqués de façon permanente dans la vie de l’école et les premiers avaient une chance raisonnable, vérifiable et vérifiée, de savoir lire, écrire et compter en fin de scolarité obligatoire. Depuis, les réformes se sont succédé, à un rythme soutenu. Les exigences ont été multipliées. L’implication des élèves s’est éparpillée sur un nombre croissant d’objectifs, pendant que celle des parents s’est trouvée tous les jours plus mobilisée. Le collège est soi-disant devenu unique. Le constat est accablant : ça ne marche pas, les réformes introduites jusqu’à présent ont été globalement très négatives.
Il faut donc en rajouter, en faire plus, aller encore plus loin dans la fragmentation des cours et des savoirs, dans le mélange des genres, dans la perte d’autorité, dans la distribution de bisous et de diplômes en carton. Youpi ?
À bien y regarder cependant, le principal souci de cette réforme n’est pas tant l’énième refonte des programmes, les modifications encore une fois drastiques de contenu et d’horaires, les coupes plus ou moins heureuses ou habiles dans certaines matières. Non, le principal souci, c’est que cette réforme semble voulue par le Chef de l’État lui-même (en tout cas, pour le moment). Autrement dit, l’épine dans le pied de Najat n’est pas que sa réforme passe de moins en moins auprès de ceux qu’elle concernera à la rentrée 2016, mais bien que derrière elle, le Chef de l’État persiste à lui apporter son soutien, de façon répétée, bruyante et presque joyeuse.
Et alors que la grogne monte aussi bien dans les rangs de l’opposition que dans les rangs de la majorité, ainsi qu’auprès des profs eux-mêmes, électorat normalement favorable aux socialistes, on comprend qu’il va y avoir un petit souci. En effet, les options ne sont pas très nombreuses : la ministre et le président peuvent continuer malgré tout à porter la réforme à bout de bras, en n’y rien touchant. Avant même de pouvoir constater les dégâts auprès des élèves, ceux en termes d’électorat risquent d’être importants. Alternativement, et c’est l’option la plus probable, ils font mine de reculer sur quelques points et diluent la réforme (comme toutes les autres du quinquennat HOLLANDE, à l’exception notable du mariage homosexuel) et peut-être arriveront-ils ainsi à modérer les dommages électoraux… On se rappellera cependant l’inflexibilité (de façade) de la ministre au sujet de la réforme des rythmes scolaires, et on peut donc parier à une nouvelle embardée de l’Education Nationale dans quelques mois.
Il est de certains ministères comme d’une bataille de tranchées : on s’y jette sans trop savoir ni pourquoi, ni pour combien de temps et on sait qu’on a de bonne chance d’y laisser sa peau.
À l’Éducation Nationale, la pauvre Najat sera donc sacrifiée : pour le bilan de HOLLANDE en fin de quinquennat, il faut absolument des réformes tangibles à présenter. Celle du mariage aura tellement clivé les Français qu’elle n’est plus présentable qu’au débit. Les bricolages régionaux, coûteux et inachevés, sont trop anecdotiques pour être retenus. Les petits aménagements de la loi MACRON, même si on passe outre leurs brouettées de crispations, ne seront pas jugées suffisants. La réforme du Collège devait permettre de gommer celle des rythmes scolaires, catastrophique. On comprend pourquoi elle est maintenant propulsée comme une opération inéluctable.
Mais encore une fois, on ne voit pas par quelle pirouette grotesque elle pourra être portée au crédit du président et de son équipe : à l’exception d’une poignée de pédagos en roue libre et des membres du gouvernements, tous les acteurs de l’Éducation Nationale (parents, enseignants et élèves) sont maintenant vent debout contre cet infâme brouet gluant d’idéologie.
Et si l’échec de la ministre et de son mollasson de président n’est pas encore totalement garanti, celui des élèves français tributaires de cette réforme est en revanche assuré.
Ce pays est foutu.

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